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Jean-Guihen Queyras réussit le Concerto d’Elgar

On a tous, gravée dans nos mémoires musicales, l’exceptionnelle prestation de Jacqueline Du Pré (avec l’Orchestre symphonique de Londres dirigé par John Barbirolli, 1965, EMI) face au fervent et passionné Concerto pour violoncelle composé en 1910 par à l’âge de 62 ans. Sans aucun doute contribua-t-elle à propulser au-delà de la seule sphère anglaise cet authentique et singulier chef-d’œuvre. Sans doute également peut-on à juste titre reconnaitre qu’au fil du temps d’autres instrumentistes ont apporté leur lecture souvent magnifique mais distincte.

La démonstration nous en est fournie avec l’exécution de réalisée aux côtés de l’Orchestre symphonique de la BBC, tous entraînés par un chef tchèque assez peu médiatisé mais très efficace, souvent intéressant et très expérimenté, . avait conscience que la conception assez peu orthodoxe du Concerto et son panel expressif varié et touchant allait conférer à son travail le statut de « grande œuvre ». Les quatre mouvements enchaînés dérivent tous du récitatif d’ouverture confié au soliste, section caractéristique avec sa conclusion mélancolique et sinueuse requérant les altos puis les violoncelles et pour finir le soliste lui-même.

Cette courte section revient jouée pizzicato, conduisant à un Molto perpetuo assez vif tandis que l’Adagio s’appuie sur une mélodie rêveuse. Il est suivi d’un Final noté Allegro, qui n’oublie rien des trois mouvements qui le précèdent et décline une grande variété d’atmosphères, en particulier une impressionnante intensification du mouvement lent. Les auditeurs présents au Queen’s Hall de Londres le 27 octobre 1919 sous la baguette du compositeur ne purent pleinement apprécier le Concerto pour violoncelle en raison d’une impréparation certaine. Mais depuis, cet opus 85 est devenu une des pièces concertantes les plus jouées et enregistrées du monde, en concurrence directe avec celle de Dvořák. Dvořák précisément dont on déguste avec grande joie deux partitions de toute beauté, ravissantes, touchantes et brillantes (orchestrées en 1893).

Pour finir, fête également un autre romantique célèbre, Piotr Ilyich Tchaïkovski avec les inoxydables Variations sur un thème rococo (1876) qu’il défend avec une précision horlogère et un entrain juvénile bienfaisant. Un enregistrement magnifique venant confirmer, s’il en était encore besoin, la place prééminente et polyvalente acquise par Queyras, capable de briller aussi bien au sein de l’Ensemble Intercontemporain et Pierre Boulez qu’avec des incontournables musts du répertoire traditionnel.

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