ResMusica - Musique classique et danse
- ResMusica - https://www.resmusica.com -

The rape of Lucretia : Britten à l’Athénée

Le viol de Lucrèce n’est pas seulement une rareté en France, c’est aussi l’une des entreprises les plus étranges de Britten. Presque un oratorio, avec ces personnages de Chœur, qui situent et commentent l’action, et même qui christianisent la flétrissure de Lucrèce, revue à la lumière de la Passion. Explications historiques sur les Étrusques, images poétiques alambiquées, suggestion d’un désir coupable chez la victime, tout cela donne certainement le livret le plus contestable jamais choisi par Britten. Ce qui n’empêche heureusement pas une réelle efficacité dramatique. Et surtout, du point de vue musical, ce premier essai d’opéra de chambre (13 instrumentistes) est une réussite complète. L’intensité expressive et l’invention des coloris sont déjà extraordinaires.

Ce qui frappe dans la distribution, issue de l’Atelier lyrique de l’Opéra de Paris, c’est une générosité, une rondeur du chant qu’on n’accorde pas toujours à Britten. Le soir de la première, presque toutes les voix sont d’origine slave, ce qui est peut-être une explication. Certaines sont même remarquables de beauté et d’impact, et le plaisir qu’on y prend est renforcé par la qualité de leur préparation, notamment sur le plan de la prononciation et du phrasé. Pour être plus précis, et se tirent brillamment des difficultés prosodiques et vocales du Chœur masculin et du Chœur féminin, tandis qu’ se montre à la hauteur du rôle-titre : à l’aise dans le bas de la tessiture, noble et nuancée, elle gagne au second acte une véritable stature tragique. Il n’y a que le Tarquin de qui manque un peu de violence et de tranchant.

Quant à la partie instrumentale, elle se caractérise par l’énergie et la franchise des timbres. Dès la première scène, on peut juger que la nervosité, d’ailleurs adaptée au propos, s’instaure au détriment de la poésie sonore. L’impression d’ensemble est très bonne cependant, malgré un défaut de modelé dans certaines interventions solistes. L’harmonieuse mise en scène de Stephen Taylor, un spectacle de 2007, opte pour la fidélité et la sobriété, ce qui est sans doute le meilleur parti pour une œuvre à la singularité préétablie.

Crédit photographique : © Opéra national de Paris/ Mirco Magliocca