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Ouverture de la 6e biennale de quatuors à cordes

Devenu un événement incontournable en matière de musique de chambre, la biennale de quatuors à cordes à la Cité de la Musique arrive à la sixième édition, mêlant tradition et réinvention, avec toujours plus de créations : deux premières mondiales et cinq créations françaises. Le fil conducteur de cette année est Mozart : ses six quatuors dédiés à Haydn et ses pièces dites « Prussiennes ».

C’est le plus jeune quatuor invité de cette édition, le (fondé en 2006), qui ouvre le bal. Fidèles à leur engagement dans la revalorisation des compositions du 20e siècle et de notre temps, les quatre musiciens nous livrent un concert envoûtant qui ne déçoit nullement les inconditionnels du genre. L’impact est déjà fort avec Black Angels de Crumb qui utilise, outre les quatre instruments à cordes, des glassharmonica (harmonica de verre), des gongs et autres percussions, ainsi que la voix. L’œuvre cite des fragments de musique tonale comme symboles traditionnels, tandis que des techniques insolites (des trilles sur les cordes avec des dés à coudre, le violoncelle renversé avec le manche dessous…), parfaitement maîtrisées, participent à une sensation inouie, accentué par un jeu de lumière colorée. Après Spirali de Stroppa, les variations rythmiques et dynamiques du Premier Quatuor de Ligeti fascinent, dans une interprétation extrêmement vivace et inspirée. Pour continuer ce caractère de percussion bien présent depuis le début, le concert se termine avec Adagio de Mozart, dans sa version originale pour glassharmonica, mais interprétée avec deux archets pour chaque musicien au lieu des doigts. Une étonnante originalité pour un quatuor à cordes !

Le deuxième concert par le commence avec le Quatuor K. 387 de Mozart robuste, à la manière beethovenienne, avec beaucoup de force et de contrastes, pour laquelle nous aurions préféré plus de légèreté. Vient ensuite une création de Mantovani. Sa nouvelle pièce est traversée par une répétition obstinée de diverses séquences ou de petits motifs (gammes ascendantes ou descendantes, des « jets » de notes en crescendo subite, des trémolos,…) qui se transforment progressivement en d’autres motifs, et au milieu desquelles on entend de temps à autre quelques fragments en solo. La ténacité sonore dans l’interprétation de ce Quatuor permet d’imaginer la force et la fermeté que les Voce déploieraient dans le Huitième Quatuor de Beethoven. Tout au long de l’œuvre, leur dynamisme si dense donne parfois l’effet inverse par rapport à l’intention musicale, par exemple, quelques imprécisions sur les notes rapides (notamment sur certains motifs constitués de gammes dont les notes jouées sont avalées les unes par d’autres) ou un sentiment d’étouffement.

Le dernier concert de cette première journée de la biennale est également consacré à une création, Introjections d’. En une vingtaine de minutes, on entend nombre d’accords composés de diverses manières, dans un ensemble assez statique selon nos impressions. Si le Quatuor à codes de Berg joué précédemment était plein de nuances poétiques avec une subtilité remarquable, le Quatuor K. 575 de Mozart est encore plus robuste que les Voce, attachant à chaque détail de la partition une importance qui nous semble excessive, alourdissant l’ensemble du morceau. Les deux interprétations de Mozart entendues ce jour relèvent une problématique tout à fait actuelle : à l’heure où l’interprétation d’« époque », en général beaucoup plus aérée, devient plus ou moins un standard pour les répertoires de la période dite classique, comment concilier cette tendance avec ce qu’on a connu jusqu’à maintenant, c’est-à-dire des interprétations « romantiques » plus denses ? Malgré l’excellence des musiciens du , leur exécution quelque peu indigeste de Mozart nous a laissé perplexe, mais c’est aussi un élément de confrontation bien intéressant de la biennale.

Crédit photo : © Jean-Louis Fernandez ; © Neda Navaee