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Alain Platel, roi de la fripe

Une montagne de fripes, c’est le terrain de jeu sur lequel s’ébrouent les interprètes de tauberbach, le nouveau spectacle d’. Un amoncellement de vêtements usagés qui offre la puissance plastique des récents spectacles de Maguy Marin, sans la dimension émotionnelle et mémorielle de l’installation de Christian Boltanski à Monumenta, au Grand Palais.

Le monde d’ est celui des mis à l’écart, des sans domiciles – communauté de chiffonniers vivant au ban de la société. Au milieu d’eux, une femme (la comédienne gantoise Elsie de Brauw) erre, poursuivant un dialogue de sourds avec un interlocuteur invisible. Sourds, c’est précisément le handicap dont souffrent les chanteurs de tauberbach (littéralement Bach chanté par des sourds) enregistrés par l’artiste polonais Artur Zmijeswski. Une étrangeté totalement assumée…

Alain Platel, en explorant cet univers des plus démunis, fait une fois de plus vibrer la corde sociale qu’il tend depuis ses premières pièces, créées dans les années 80. La musique ancienne, Bach en particulier, fait aussi partie des sources d’inspiration du chorégraphe flamand depuis ses débuts.

C’est dans l’expression des corps, dissonants, fascinants des interprètes des ballets C de la B que Platel donne toute la mesure de son écriture scénique. Entre quelques scènes fortes et des transes collectives, une certaine torpeur peut doucement envahir le plateau. Alain Platel prend son temps, étire les situations pour mieux nous interroger sur nos sensations et nos sentiments ambivalents.

Crédit photographique © Chris van der Burght