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Metastasio triomphans avec l’Orfeo Barockorchester

Le grand triomphateur de ce nouvel enregistrement de l’opéra-oratorio de Mozart est tout d’abord le superbe texte de Métastase, donné ici sans coupures en raison de la longueur inhabituelle des récitatifs.

Ces derniers bénéficient autant de la part des solistes que des instrumentistes d’un traitement de choix, qui privilégierait presque, pour une fois, les rythmes de la déclamation et les sortilèges du continuo à la mélodie et à la virtuosité des airs. Prima la musica ? Sans doute, mais certainement pas senza le parole. L’auditeur qui a quelques rudiments d’italien goûtera la poésie et le drame intime de cette azione sacra, de cette nouvelle mise en musique de l’histoire de Judith qui parvient à ne pas mettre en scène Holopherne, et à ne pas montrer la redoutable scène du meurtre. C’est en coulisses – bienséance oblige – que ce dernier est décapité. De toute façon, dans le récit métastasien, l’histoire de Betulia liberata est davantage la conversion d’Achior que la victoire des Hébreux sur les Assyriens. Le vrai drame est vécu de l’intérieur, et les plus beaux morceaux sont assurément les récitatifs au cours desquels Achior évoque les premiers troubles de la foi, sans oublier bien entendu celui où Judith narre sa nuit aux côté d’Holopherne. On y retrouverait presque l’ambiguïté et les troubles du récit de Donna Anna, évoquant sa rencontre nocturne avec Don Giovanni avant le début du premier acte…

L’interprétation, confiée à de jeunes chanteurs aux moyens plutôt modestes, ne met pas en avant la vaillance et la virtuosité vocale, et il aurait sans doute fallu des gosiers plus aguerris pour rendre véritablement justice aux airs brillants d’Ozia et d’Amital. et ne déméritent pas vraiment, mais leurs parties méritaient mieux au vu de leur écriture acrobatique. La Giuditta de , en revanche, est dotée de moyens davantage en adéquation avec les caractéristiques vocales du rôle. Les autres chanteurs demeurent anecdotiques, même s’ils se tirent honorablement de l’aventure.

On rendra grâce à et à son d’avoir su dynamiser à ce point une partition que l’on croyait fade et convenue, et dont on découvre ici les multiples audaces. Une parution qui ne devrait laisser personne indifférent.