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Paolo Bottini revisite Giuseppe Verdi à Bergame

La commémoration du bicentenaire de la naissance de fêté en 2013 nous réserve encore quelques surprises de taille, dont ces transcriptions d’extraits d’opéras, proposées par l’organiste italien , sur un orgue Serassi « pur sucre », op. 659 de 1861, contemporain de ces œuvres. Quand on connait un peu le style musical de l’époque, le passage de l’orchestre à l’orgue parait facile, d’autant que ces machines à grand spectacle furent conçus pour imiter l’orchestre et rien d’autre. On peut parler d’orgue orchestral ou théâtral, doté à la fois de jeux imitant de très près les instruments de l’orchestre (flûte piccolo, cor anglais, basson, flûte traversière), ainsi que divers accessoires (jeux de timbres imitant le triangle, grosse caisse, cymbales, cloches, effet d’orage…).

Maitriser de tels instruments au niveau des registrations et des divers mélanges requis ne s’improvise pas et demande une étude très poussée, dont certains traités anciens, textes ou partitions de compositeurs organistes ne manquent pas de livrer quelques secrets. Ainsi de Rossini à Verdi, l’orchestre romantique italien développe des couleurs et des climats qui se retrouvent ici tout naturellement (Piccolo doublé par le basson). C’est ce travail remarquable qu’a réalisé , et cela s’entend.

On remarque aussi la similitude d’écriture entre les compositions originales pour orgue de célèbres maitres de l’orgue (Padre Davide, Vicenzo Petrali) et les présentes adaptations organistiques. Tout s’y retrouve, les nuances, le lyrisme, le climat théâtral si cher à Verdi. Paolo Bottini, auteur de ces transcription, les interprète de manière magistrale et savante dans une approche qui met la musicalité au tout premier rang. Du coup on passe directement de l’église à la scène : la première partie de la Bataille de Legnano (1849) est époustouflante. L’action est vive, les timbres se succèdent à grande allure avec un incroyable brio. On sent que l’orgue est utilisé à plein dans toutes ses possibilités. De savants systèmes mécaniques permettent de changer très vite de registration, facilitant quelque peu le jeu de l’organiste. Ailleurs quelques airs lyriques à souhait mettent en valeur les jeux solistes dont la flûte ou le cor anglais, uniques et inégalés en beauté.

Autre moment d’exception, avec l’ouverture de la Force du destin (1863), où une nouvelle fois, toute l’âme verdienne s’exprime, regorge d’idées, de passages connus désormais devenus célèbres, et parfois repris pour quelque musique de film sur la vie italienne au XIX° siècle.

Bravo à Paolo Bottini, pour son jeu vivant, efficace et inspirant. La très belle prise de son de Federico Savio, confirme la réussite totale de cet album. L’orgue n’a pas fini de nous étonner, encore et toujours …