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Monographie Dai Fujikura par Pascal Gallois et le Prague modern

Foncièrement originale et d’une grande exigence de facture, la musique de échappe à toute référence stylistique et autre modèle: « je conteste toute influence de musique japonaise dans mon travail » déclare le compositeur, né à Osaka, qui viendra très tôt s’installer au Royaume Unis où il étudie notamment avec George Benjamin.

Ce nouvel album monographique vient enrichir une discographie déjà très abondante et réunit le jeune ensemble tchèque (tous issus de l’Orchestre Philharmonique de Prague) et l’éminent bassoniste , soliste de l’Ensemble Intercontemporain, pédagogue et artiste accompli, qui joue (Calling pour basson solo) mais aussi dirige les pièces d’ensemble de cet enregistrement.

Couvrant six années de création (de 2006 à 2011), les cinq pièces de cet album rendent compte de  l’écriture inventive aux sonorités rares du compositeur, sollicitant un imaginaire sonore foisonnant. Ainsi ces sonorités évoquant le glass-harmonica (jeu de l’archet sur les lames du vibraphone) qui ouvre Vanishing Point (Point de fuite), une oeuvre superbe par la combinaison des timbres qu’elle engendre et les polyphonies complexes qu’elle suscite. Unlocked time (Temps déverrouillé) pour six instruments n’est pas moins fascinant par ses contrastes entre un temps resserré (les cordes jouées avec un plectre) et un temps dilaté (les vents diffractant leurs sonorités) qui ne laissent d’évoquer, pour des oreilles d’occidentaux, certains instruments traditionnels japonais comme l’orgue à bouche Shō ou le Koto.

Fifth station est une musique de gestes, d’envergure plus théâtrale, associant dans des rapports musclés le violoncelle et la trompette au sein d’un ensemble de neuf instruments très réactifs eux aussi. Musique puissante et admirablement conduite, Grasping (Avide) pour cordes seules met à l’oeuvre une polyphonie mouvante et complexe où le compositeur sonde l’univers des cordes et les potentialités de la ligne mélodique dans une dimension ici très expressive. De la voix laryngée du basson à sa voix de tête que sait colorer d’infinies nuances, Calling (Appel) est une pièce rare, magistralement conçue, qui résume assez bien l’art de : musique du timbre, inventive et généreuse mais toujours contenue dans son élan, d’une grande exigence formelle et éminemment libre. Elle est servie avec un engagement et une qualité de jeu exemplaires par l’ensemble conduit de main de maître par Pascal Gallois.

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