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Nouvelle intégrale pour piano d’Albert Roussel

Que la musique d’ soit largement ignorée, c’est un fait indéniable. Une petite partie de sa musique pour orchestre rappelle quelques souvenirs évanescents, dont peut-être encore le Festin de l’araignée, au titre si curieux. Ce ne sont pas pourtant les enregistrements qui manquent, qui, sans être abondants, imposent leur présence et leur qualité à qui veut bien s’arrêter dessus.

Il en va de même pour l’oeuvre pour piano, encore davantage au purgatoire. Heureusement, ces dernières années voient une timide résurgence d’artistes qui portent un nouvel intérêt à ce grand compositeur français extrêmement créatif et personnel. Tout comme bien d’autres de ses compatriotes, Roussel a créé une musique pour piano peu abondante mais de qualité remarquable. Le programme que l’on trouvera dans cet enregistrement n’a pas de logique chronologique. L’auditeur sera donc plongé dans cet univers sonore en touchant à toutes les périodes créatrices développées durant sa vie, ce qui en soi n’est pas pour déplaire.

Tout est-il essentiel dans la musique pour piano d’ ? Si l’on précise que son opus 1 « Des heures passent » (qui ne figure pas dans ce volume) a été écrit vers 30 ans et justement pour le clavier, alors on prendra conscience de l’importance qu’il faut accorder à cette partie de sa production dont la majorité des numéros datent d’avant la Première Guerre Mondiale.

Les amateurs d’inédits seront ravis d’entendre pour la première fois ici la version pianistique du Marchand de sable qui passe, musique de scène d’orchestre écrite en 1908. Dans les très grands titres ici présents, on trouvera la Sonatine qui n’a rien à envier à celle de Ravel, l’extraordinaire Doute, révélateur des interrogations post-traumatiques du conflit 14-18, autant humaines que musicales ; le non moins sombre Accueil des Muses, tombeau à la mémoire de Debussy ; les Préludes et Fugue et Trois pièces rendent quant à eux un hommage tardif à la musique de Bach, dans la veine classicisante finale.

, pianiste attaché à la musique française, avait déjà réalisé une première intégrale Roussel, dont une partie des titres figurent de nouveau dans cet enregistrement, une autre semblant avoir été recaptés. Dans l’ensemble, on peut dire que son style tend vers une rigueur et une stabilité qui sont une manière d’apprendre son Roussel. Une lecture plutôt dans la verticale, dans le sens de ce que l’on attend, ce qui suppose un aspect à peine prévisible, a contrario de la récente sortie d’Emanuele Torquati, installé quant à lui dans une autre logique, bien plus instable, poétique et excitante. Un poids dans le geste, dans les phrasés, une métrique imperturbable ne gêneront pourtant pas notre admiration à l’écoute du pianiste français et de cette musique très personnelle dont on ne peut guère identifier une influence évidente des grands contemporains Ravel et Debussy.

Malgré des bruits de gorges et de respirations constants et quelque peu gênants, on assurera un très bon accueil à ce début d’intégrale comme sait si bien les mener ce label décidément un des plus intéressants du moment au niveau des découvertes artistiques. En attendant Les Rustiques et la Suite en fa#, pages considérables et extraordinaires, qui viendront dans le second volume que nous attendons avec impatience.

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