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John Neschling & l’OPRL au service de Respighi

Presque un an après leur dernière rencontre, le chef d’orchestre brésilien retrouvait les musiciens de l’. Leur collaboration d’avril 2013 s’était conclue par une session d’enregistrement dévolue à Respighi. Le projet artistique pour le label suédois BIS consistait alors à graver les Impressioni brasiliane ainsi que le pétillant ballet La Bottega fantastica. Ce soir, une poignée de jours avant la sortie de ce disque, poursuit l’exploration de l’œuvre orchestrale de Respighi, en présentant Belkis, Regina di Saba. Une nouvelle session d’enregistrement en juin prochain permettra la production d’un prochain disque autour de ce programme.

Le ballet-une évocation d’un récit biblique- illustre la rencontre entre Salomon et Belkis, reine arabe. D’une durée de près de quatre-vingt minutes, le ballet a mobilisé lors de sa création des effectifs orchestraux importants, en plus de solliciter un chœur, des chanteurs solistes ainsi qu’un récitant. Pénalisée par la lourdeur des effectifs requis, l’œuvre bien que couronnée de succès ne sera jouée que onze fois. Conscient des qualités de sa composition et désireux de lui livrer davantage d’opportunités d’être entendue, Respighi entreprit d’en tirer une première suite d’orchestre. Sa santé ne lui permettra pas d’en produire une seconde. A l’inverse du succès de la trilogie romaine, on ne peut que s’étonner du peu de popularité rencontrée par Belkis aujourd’hui. Elle est pourtant parfaitement caractéristique du caractère expressif de Respighi et offre de magnifiques moments. Un premier solo de violoncelle divin illumine ainsi le premier tableau prenant place dans le harem de Salomon. La Danse de Belkis à l’aurore, langoureuse à souhait fait ensuite la part belle aux bois qui dialoguent abondamment avec le célesta, renforçant une sensuelle atmosphère de rêverie.  Le troisième tableau est celui que l’on s’impatiente déjà de réentendre au disque, car John Neschling y accompli un travail impeccable de rigueur rythmique, en emportant les musiciens liégeois dans une fiévreuse Danse guerrière. Celle-ci s’ouvre par des fanfares de cuivres suivies d’inquiétants roulements de tambours. Surgit alors un solo de petite clarinette magistralement interprété par Ricardo Matarredona. La rondeur et les qualités de la sonorité de ce musicien, rarement révélées par cet instrument nous ont littéralement ébloui. 

Etiqueté « Turc » pour son final aux accents de musique turque de l’époque, le Concerto pour violon n°5 de Mozart enchaîne naturellement à Belkis, Reine de Saba sur le papier… Au concert, la transition se révèle plus laborieuse par le changement radical d’univers musical et le bouleversement des effectifs orchestraux qui fondent bien évidemment comme neige au soleil. Le soliste au service de ce concerto était , invité régulier de l’orchestre. Techniquement, la prestation de ce dernier n’appelle pas de remarque de notre part. On notera simplement que la sonorité peut encore gagner en clarté et se projeter davantage. Son parti-pris interprétatif ne fait pas dans l’esbroufe , que du contraire. Sage et modéré, on pouvait espérer un jeu plus engagé et inventif de la part d’un musicien jeune et talentueux de la trempe de Boriso-Glebsky. A décharge du soliste, précisons que John Neschling avait décidé de mener son orchestre au travers d’une ambiance cotonneuse peu propice à la réactivité. Quelques accros et écarts de justesse dans le chef des cors et hautbois n’ont pas aidé à gagner notre enthousiasme au terme de ce concerto.

La deuxième partie de concert était réservée à Rachmaninov et ses Danses symphoniques. On y retrouve le grand orchestre et les extras qui font tout le charme de cette partition : piano et saxophone de la première danse, percussions à lames de la troisième. Neschling s’engage en profondeur dans l’œuvre et en exploite habilement la noirceur intrinsèque. Le rendu de l’orchestre est moins luxueux qu’en première partie de concert avec Respighi, mais on relèvera tout de mêmes les excellentes prestations d’une première clarinette particulièrement en verve, et du pupitre de percussions parfaitement connecté à la masse orchestrale.