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Owen Wingrave de Britten à Besançon

Il est utile dans un premier temps de souligner l’intérêt et l’engagement de l’Opéra National du Rhin dont est issue cette représentation, en première en France en anglais depuis sa création anglaise originelle de 1971 (!) pour la BBC. C’est redonner de l’importance à comme compositeur d’opéras non limitatifs à Peter Grimes ou Mort à Venise. L’orchestre de Owen Wingrave ne demande qu’une formation moyenne au service d’une musique d’une évidente qualité fort bien dirigée par . Les rares et courts interludes purement musicaux savaient créer à eux seuls en très peu de temps une ambiance prenante. Tous les solistes étaient bien mis en valeur dans cette œuvre à thème transposée dans les années 50, l’original se passant à la fin du XIXe siècle.

Éludons une mise en scène simpliste qui n’a rien à dire, aux décors minimalistes et aux projections vidéos devenues des béquilles esthétiques cache-misère (bien qu’ici opportunément utilisées et assez efficaces pour la scène onirique), pour retenir la belle performance des artistes dont la plupart chantent dans une langue qui n’est pas la leur. Performance, car Owen Wingrave ne permet pas de mettre en avant chacun des rôles par des arias traditionnelles. C’est plutôt la capacité à débiter un récitatif parlé-chanté continuel, dans le maximum de clarté, de même qu’à intervenir en groupe qui en fera tout l’intérêt.

Deux scènes marqueront certainement les esprits dans cette œuvre. La scène 7 où le héros subit les vociférations de toute sa famille et dont les stridences et la violence vocale est parfaitement à sa place ; le prologue le d’Acte II où le narrateur (ici un prêtre) – – chante à cappella la ballade du jeune Wingrave, un ancêtre tué par son père pour avoir refusé de se battre. L’effet est indéniable, brillant par sa simplicité et son efficacité. incarne avec une grande justesse ce jeune opprimé écrasé par une autorité qui s’oppose à ses décisions de vie personnelles. Ce leitmotiv récurrent de l’œuvre de Britten met donc en place dans Owen Wingrave le jeu du ténor face au reste du plateau dont seuls certains membres finiront par abonder discrètement en sa faveur. On retiendra une Miss Wingrave () éructante à souhait et un Général () à demi gâteux dans son fauteuil roulant, cerveau obtus complètement conditionné par la passé militaire de ses ancêtres. (Kate) est plus en retrait car sa voix de mezzo-soprano a du mal à s’affirmer. (Spencer Coyle) a la diction malheureusement entachée d’un sigmatisme un peu gênant sur les « s » qui enlève de la prestance et de l’autorité au personnage. incarne un Lechmere obnubilé par la vie militaire bienvenu en jeune futur brebis obéissante. Mrs Coyle () et Mrs Julian () sont des sopranos très bien à leur place, bonnes actrices et à la voix claire et agréable.

 Si l’ambiance sinistre qui entoure Owen Wingrave et qui finira par avoir raison de lui est bien rendue par un jeu de lumières jouant sur les contrastes violents de murs gris-noirs sur lesquels ressortent en plein éclairage certains personnages, on aurait aimé voir davantage d’investissement scénographique, bête noire récurrente qui plombe nombre de productions actuelles. Mais si un opéra parfaitement réussi est le résultat d’une concordance signifiante d’échanges entre l’art du visuel et de l’auditif, gageons qu’une œuvre si forte qu’Owen Wingrave se suffit presque à elle même pour être efficace.

Crédit photographique : © Alain Kaiser