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Tor Aulin, acteur majeur de la vie musicale suédoise

La vie d’instrumentiste de grande réputation du violoniste suédois s’effondra rapidement dans la mémoire collective avec son décès intervenu le 1er mars 1914.

Injuste destin réservé à l’un des musiciens les plus populaires de la Suède nationale et romantique dans laquelle vivaient les grandes et indiscutables pointures musicales de l’époque. On citera en tête de liste Hugo Alfvén, Wilhelm Stenhammar, Ture Rangström, Natanaël Berg, Otto Olsson, Oscar Lindberg,  Kurt Atterberg…

Marche vers le succès et la gloire

Tor (Bernard Vilhelm) Aulin vient au monde à Stockholm le 10 septembre 1866, un an après Carl Nielsen et Jean Sibeliu, et meurt  quarante-huit ans plus tard à Saltsjöbaden le 1er mars 1914.

Il grandit au sein d’une famille où la musique de chambre revêt une grande importance.

Son père, Lars Axel Alfred Aulin, décède alors qu’il n’a que trois an. Ce  maître de conférences en grec joue très bien du violon. Dans sa jeunesse,  il avait fréquenté le groupe constitué autour du compositeur, poète et politicien Gunnar Wennerberg (1817-1901). Jeune, sa mère Edla ambitionne de devenir chanteuse, elle sera une pianiste de haut niveau. On dit qu’elle aurait été une mère très stricte avec ses enfants. Elle devait disparaître quelques jours seulement avant le décès de son fils Tor.

Un de ses oncles, habile violoniste, joue au sein d’un quatuor et une de ses tantes enseigne le piano. Sa propre sœur Valborg, son aînée de six ans,  allait devenir une excellente pianiste et aussi  un compositeur de moindre envergure. On dit que la famille considérait avoir fourni suffisamment de pianistes,  raison pour laquelle on aurait interdit au petit Tor de toucher le piano. Malgré cet anathème, Tor est irrésistiblement attiré par cet instrument et finit par en jouer excellement.

Nous en avons une preuve avec cet épisode étonnant. Tor exécute en privé le Concerto pour piano en  la mineur de Grieg en face du maître norvégien qui apprécie hautement la démonstation, pestant gentiment face à cet enfant surdoué (« ce diable ») qui semble se jouer des difficultés alors que lui-même  travaillait son instrument depuis si longtemps ! Les deux hommes allaient correspondre abondamment  et longtemps.

Dès l’âge de sept ans, il prend des cours de violon et entre au Conservatoire de Stockholm à onze ans.

Il y apprend le violon et se perfectionne auprès de C. J. Lindberg  à Stockholm entre 1877 et 1883. Dans le même établissement, Conrad Nordqvist (1840-1920)  qui va devenir chef de l’orchestre de la cour et diriger l’Opéra de Stockholm entre 1888 et 1892, lui enseigne la théorie.

A 16 ans (1882), Tor  joue pour la première fois à la Société de quatuors Mazer que son père avait jadis fréquentée.

donne ses premiers concerts publics avec sa sœur Valborg au cours de l’été 1880  au spa de  Söderköping. Dès l’année 1881 (15 ans)  il est engagé dans un orchestre de théâtre (orchestre de Bernhard Fexer) qui assure  des entractes musicaux au Théâtre dramatique de Stockholm.  Il y reste jusqu’en 1884 et se rapproche de la musique de chambre.

L’occasion lui est offerte de jouer pour un violoniste français alors réputé  nommé Emile Sauret (1852-1923). Ce dernier, invité dans la capitale suédoise en 1883, devient ensuite le maître d’Aulin à Berlin en 1884-1886. Tor réside chez lui et est fort bien traité. La femme de Sauret était suédoise. Enfant prodige, Sauret avait eu pour professeur rien moins que Vieuxtemps, Wieniawski et Bériot. Il laisse des partitions pour violon  avec orchestre ou piano.

Charmé, Sauret lui confie le poste d’altiste au sein de son Quatuor Sauret. Ainsi participe-t-il à des exécutions de musiques de Saint-Saëns à Berlin. Il remplace même Sauret lors d’un concert à l’Opéra de Berlin.

Egalement dans la capitale allemande, il travaille la composition auprès de Philipp Scharwenka, frère de Xaver, pianiste et compositeur,   entre 1884 et 1886.

De retour au pays le jeune Tor enregistre un franc succès après une prestation soliste dans le difficile Concerto en la mineur de Henri Vieuxtemps (1820-1881).

Tor Aulin acquiert également la réputation d’un excellent pianiste et montre aussi une grande habileté en tant qu’organisateur.  Il participe au lancement de l’Association des Concerts qui deviendra ultérieurement l’Orchestre philharmonique de Stockholm.

De plus, il fait montre d’une énorme efficacité en fondant en 1887 dans la même  ville, à l’âge de 24 ans, le Quatuor à cordes Aulin, premier quatuor permanent en Suède,  dont il est le premier violon et  avec lequel il va connaître une immense gloire et dont il assure l’existence pendant plus d’un quart de siècle. Il se produit en Allemagne et en Russie, réalise de nombreuses  tournées en Suède et ailleurs en Scandinavie jusqu’en 1912. Le Quatuor Aulin joue le répertoire classique dont Beethoven mais aussi un vaste échantillon de pièces scandinaves avec une préférence pour Franz Berwald, Edvard Grieg, Emil Sjögren, Wilhelm Stenhammar. De l’avis général le Quatuor Aulin se hissa  incontestablement au rang de  meilleure formation  de toute la Suède pendant de longues années.

Son Quatuor interprète également de nombreuses œuvres allant de Haydn à César Franck. Tor qui  admire sincèrement la musique de Grieg donne avec sa formation le Quatuor à cordes en sol mineur du Norvégien au cours des années 1888-1890. Après son exécution de la Sonate pour violon et piano n° 3  en do mineur du même Grieg, il lui adresse un premier courrier le 29 décembre 1891 : « Lors de notre concert de musique de chambre avant Noël, j’ai exécuté pour la première fois à Stockholm votre sonate piano-violon en do mineur avec un succès adressé à la fois au compositeur et à l’exécutant tel que l’on en n’a rarement vu. Les critiques n’ont pas trouvé d’expressions assez chaleureuses pour signifier leur admiration et les applaudissements du public ne peuvent seulement être comparés qu’à ceux entendus lors de la présentation de votre Quatuor à cordes que nous lui avions présenté pour la première fois – et les applaudissements se sont répétés à chaque fois que votre œuvre a été inscrite à notre programme. » D’autres lettres suivent et une très amicale relation s’instaure durablement entre les deux artistes.

Aulin participe aux soirées de musique de chambre du violoniste et pédagogue  hongrois  Leopold Auer à Saint-Pétersbourg en 1888.

A la salle de concert de Tivoli de Copenhague, il interprète Max Bruch et Félix Mendelssohn dont il sait merveilleusement mettre en avant les accents romantiques. Il se produit encore à Dresde et à Oslo (alors nommée Kristiania) où il devient immédiatement membre honoraire de la Société philharmonique, honneur rarement accordé (parmi les étrangers seuls Sarasate, Popper et Sauret avaient été distingués).

En 1891, la critique d’Helsinki l’acclame.

Aulin reçoit le surnom de « Le Lion » de la part de ses amis, en rapport avec la grande maîtrise et la fougue de ses interprétations.

De même appartient-t-il au groupe des « vieux Beethoven » qui se réunissent pour des soirées musicales au domicile de l’écrivain August Strindberg (1849-1912) qui l’apprécie comme compositeur et le persuade d’écrire la musique pour sa pièce Mäster Olof. Strindberg collabore aussi avec son autre compatriote Ture Rangström et entretient aussi avec lui des relations amicales. Le caractère plutôt conciliant de Tor Aulin évite sans doute le grand risque de contacts conflictuels avec l’écrivain ombrageux et plutôt instable. Bien au contraire, rien ne vient ternir la qualité de leurs fréquentes rencontres. Il fut un temps où l’écrivain proposa au jeune musicien de nombreux projets musicaux pour accompagner ou illustrer ses pièces. Il souhaitait même que ce dernier les transforme en opéras lui accordant d’avance une grande liberté. Leur belle correspondance est précieuse même si en pratique ils ne concrétisèrent rien de patent dans ce domaine, en dehors bien sûr, de Maître Olof. Les deux hommes habitaient, à une époque, à quelques maisons l’un de l’autre.

Très rapidement, à partir de 1890, Aulin travaille en proximité avec Wilhelm Stenhammar, brillant pianiste,  qui souvent vient se joindre aux cordes, notamment lors des tournées de l’ensemble dans toutes les provinces du pays. Il crée plusieurs de ses pièces pour violon et orchestre. Ils défendent également et fréquemment les musiques de Beethoven et souvent celles de Stenhammar lui-même avec son très attachant cycle de quatuors à cordes.

Il semble que leur premier concert ensemble date du 2 février 1892.

Fin 1894,  Tor Aulin rencontre Henri Marteau, violoniste français renommé, futur  citoyen suédois,  qui l’invite à effectuer une tournée dans le sud de la Suède en 1895. C’est ce même Marteau qui l’année suivante crée le Concerto pour violon n° 3 de Aulin et le défendra des centaines de fois dans le monde entier.

Stenhammar lui-même avait écrit une sonate pour violon  à l’âge de 30 ans. Rappelons que le genre sonate violon-piano était très en vogue à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle.

Les trois sonates de Grieg, très populaires dans toute l’Europe,  dataient de 1865, 1867 et 1887 et celles  de Sjögren de 1883-86  (Sonate n° 1, op. 19) et 1888-89 (Sonate n° 2 en mi mineur, op. 24). Toutes véhiculaient un nouveau romantisme, une grande richesse mélodique, une réelle dextérité, et étaient représentatives pour partie de l’atmosphère dite nordique. Le compositeur et critique redouté Wilhelm Peterson-Berger en composa lui-même trois et Hugo Alfvén une en 1896.

La Sonate n° 2 en mi mineur de Sjögren est créée par Tor Aulin, le dédicataire, le 5 juin 1889 lors du Festival de musique nordique à Copenhague. Aulin avait  aidé Sjögren à surmonter certaines difficultés techniques lors de la composition de sa première sonate quelques années plus tôt. Il contribue largement à la rendre célèbre. Sjögren jouissait à cette époque d’une intense popularité, notamment à Paris où il se rendit à plusieur reprises. Sa Première Sonate pour violon et piano en sol mineur est dédiée à  Sauret.

Souvent il joue en compagnie de Sjögren dont il fut l’un des premiers à  inscrire la musique à son répertoire.

Devenu le compositeur nordique le plus célèbre de son temps, Grieg se rend à Stockholm en 1896 et 1904. Il bénéficie, ici comme ailleurs, d’une aura extraordinaire. On joue très souvent sa musique : aux soirées musicales de Tor Aulin, aux concerts de la Chapelle royale, lors de soirées de musique de chambre, de chant, de piano, dans les restaurants, dans d’innombrables foyers.

Le Quatuor Aulin défend  l’intégrale des quatuors à cordes de Beethoven au cours de la saison 1900-1901.

Tor et sa formation se produisent dans les provinces nationales invitant des artistes de qualité comme le célèbre chanteur  suédois John Forsell, la soprano norvégo-suédoise Dagmar Möller et Anna, pianiste, la femme de Tor.  Tous voyagent en train dans des  wagons de troisième classe.

La réputation d’Aulin se répand largement et ses capacités exceptionnelles le conduisent à accepter le poste de premier violon à l’Opéra de Stockholm (Svenska Hovkapellet/Orchestre de la cour royale) dès 1899. Il s’y affaire pendant quatre années de1899 à 1902. Juste avant cette prise de fonction il avait tenu le poste de premier violon au sein de l’orchestre d’Andreas Hallén,  un des musiciens les plus saillants du pays,  au Sveasalen (Salle Svea).

Ces diverses expériences s’avèrent très formatrices pour le jeune homme qui se familiarise également avec la musique de théâtre dont il interpète les ouvertures et les musiques destinées aux entractes.

Parallèlement, Aulin s’implique dans l’organisation de la construction d’un nouveau théâtre national en marbre à Nybroplan à Stockholm :  le Théâtre dramatique royal. Il considère avec attention la place dévolue à la musique. En effet, si  le Vieux Théâtre dramatique ne pouvait abriter au maximum qu’une douzaine de musiciens, le nouvel édifice allait en accueillir une vingtaine. Leur nombre atteint même quarante à l’occasion de la présentation de  Mäster Olof. Riche de son séjour à Bayreuth où il entend les Maîtres chanteurs de Nuremberg de Wagner, Tor Aulin prend soins de proposer la construction d’un emplacement situé à trois mètres sous la scène, confiant dans les possibilités d’élever les goûts du public trop ancrés dans les vaudevilles populaires.

Il poursuit une carrière de soliste et assez rapidement se voit considéré comme le violoniste scandinave le plus fameux depuis le légendaire Norvégien Ole Bull (1810-1880).

Vers le début du nouveau siècle, il s’intéresse de plus en plus à la direction d’orchestre. Ce changement de cap est en partie explicable par l’existence d’un intense surmenage.

En 1895, il devient membre de l’Académie royale de musique.

En 1900, il fonde l’Orchestre de la Société Musicale Suédoise (Svenska Musikförening orkester) de Stockholm.

La Société de concert de Stockholm (Stockholms Konsertförening), une Société orchestrale,  futur Orchestre philharmonique de Stockholm,  lui offre le poste de premier chef d’orchestre en 1902. Il avait largement contribué à la création de cet ensemble avec l’aide de Wilhelm Stenhammar et John May. Il dirige pour ses débuts la Symphonie n° 4 de Beethoven, les Variations symphoniques de Franck avec Wilhelm Stenhammar comme soliste et la Sinfonie sérieuse de Berwald.

Très engagé dans ce projet, il s’implique dans la programmation et la réorganisation de la formation jusqu’en 1909, mais le manque de succès public et institutionnel le désappointe et précipite son départ.

On le retrouve brièvement également, en tant que  directeur musical du nouveau Théâtre dramatique royal de Stockholm  entre 1907 et 1909 et chef de l’Orchestre philharmonique du sud de la Suède (Sysdsvenska filharmonin) à Malmö entre1907 et 1908.

En 1908, lors de  l’ouverture du Théâtre dramatique royal,  on donne Mäster Olof avec la musique d’Aulin.

Nouvelle étape dans sa carrière : il accepte  le poste de premier violon de l’Orchestre de Göteborg où il officie entre 1909 et 1912. Il collabore souvent  avec Stenhammar comme co-chef d’orchestre. Là, il donne comme violoniste les premières des deux Romances sentimentales de son grand ami.

Le riche répertoire d’Aulin inclut encore deux concertos en la majeur, celui  de Rubinstein et celui de Mozart.

C’est lui qui dirige la première exécution de la merveilleuse Symphonie singulière de  Franz Berwald en 1905.  Berwald était mort  depuis  1868 et la symphonie elle-même datait  d’une soixantaine d’années. Il contribua de la sorte à  la sortir de l’abandon profond dans lequel elle avait sombré.

De même donne-t-il  avec sa formation  une exécution publique du Quatuor à cordes n° 2 de Berwald, oublié pendant un demi-siècle, le 16 octobre 1902. Il le redonne à la Société Mazerska le 28 novembre suivant.

Aulin, Stenhammar  et le violoniste Henri Marteau figurent sans doute parmi les premiers à se rendre compte de la valeur inestimable de la musique de Franz Berwald. Ils participent aussi à la création de  la Fondation Franz Berwald (1911-1947).

Aulin contribue également  à entretenir la mémoire musicale du Suédois Johan Helmich Roman, né en 1694 et mort en 1758, surtout connu pour sa Musique de mariage royale (Drottninghomls musiquen) de 1744.

Il défend encore les œuvres de son compatriote Ludvig Norman (1831-1885), un élève du Conservatoire de Leipzig devenu compositeur et pédagogue réputé (Conservatoire de Stockholm, 1858-1901). C’est lui aussi qui interprète les premières symphonies de Stenhammar et Peterson-Berger.

Ses multiples et intenses activités musicales illustrent avec ardeur la musique suédoise. En 1906, par exemple, il organise un concert de musique orchestrale à Copenhague en compagnie de Wilhelm Stenhammar et Hugo Alfvén.

Son état de santé se dégrade et à partir de 1912, contraint, il allège sensiblement  son emploi du temps. Manifestement, il souffre depuis un certain temps d’épuisement, de surmenage et de tendance dépressive. Pire, il perçoit une paralysie progressive du membre supérieur gauche (main comprise). Ses concerts et ses tournées le fatiguent et de plus contrarient ses velléités créatrices, même durant les mois d’été habituellement propices à la composition. Mais la principale pathologie qui le mine peu à peu est en réalité d’origine cardiaque. Il pâtit des conséquences d’une malformation cardiaque congénitale ou plus vraisemblablement acquise, en rapport avec  un probable  rhumatisme articulaire aigu (RAA) avec ses complications  articulaires, cardiaques et rénales bien connues  et survenant dans les suites d’une infection à streptoccoque (comme rencontrée dans les angines bactériennes). En 1912, il séjourne au sanatorium en partie pour une protéinurie (présence en quantité d’albumine dans les urines)  incurable liée à une insuffisance rénale chronique. On tente d’améliorer la situation par l’hypnose et diverses méthodes totalement inefficaces. Ses séjours en maisons de cures ne s’accompagnent d’aucune amélioration.

L’homme aimable, amical, prévenant change et son caractère devient irritable, impatient, instable, sa  fréquentation devient progressivement  plus difficile. La maladie déforme le dos de sa main et plus tard tenir la baguette de chef d’orchestre s’avère même impossible. Les derniers mois de son existence sont pénibles et sombres.

Il s’éteint finalement le  1er mars 1914 dans une maison de retraite située à Saltsjöbaden, à une vingtaine de kilomètres de Stockhom,  âgé de seulement 47 ans. Son ami Auguste Strindberg avait quitté ce monde deux ans auparavant, un 14 mai 1912. En l’honneur de cet ami défunt, en 1916, Henri  Marteau inclut dans le mouvement  central  de son propre concerto pour violon  un « In memoriam » en souvenir de cet être cher. Stig Jacobson indique que, d’après les lettres échangées entre les deux hommes, Aulin aurait révélé qu’il existait des esquisses d’un Quatrième Concerto pour violon en sol mineur. D’après lui encore, on n’en n’a jamais retrouvé la trace.

Compositeur dans la mouvance nationale romantique

Le temps consacré à la pratique instrumentale réduisit longtemps  les possibilités et l’envie de création. Néanmoins, le style de Tor Aulin doit beaucoup aux romantismes germanique et scandinave et plus largement sa musique s’inscrit dans le courant national romantique suédois.

Le catalogue des œuvres de Tor Aulin comporte quelques œuvres seulement qui connurent toutefois de nombreuses exécutions et ne déplurent pas aux auditeurs de l’époque. Plusieurs numéros d’opus ne sont pas renseignés, sans doute par retrait volontaire de la part d’Aulin. Certaines œuvres n’ont pas d’année de composition voire même de publication.

Modeste production donc, essentiellement centrée autour du violon, mais de belle qualité.

On lui doit essentiellement la musique de scène de Mäster Olof inspirée par August Strindberg, « trois » concertos pour violon et orchestre, plusieurs suites de danses suédoises pour orchestre, une sonate pour violon et piano et de nombreuses  mélodies.

Lucide et objectif, Tor Aulin ne se considérait pas comme un créateur de très grande envergure. Indéniablement, la comparaison avec les chefs-d’œuvre qu’il proposait à ses publics lui paraissait d’une toute autre qualité.

Toutefois, ceux qui écoutaient sa musique l’appréciaient, voire l’admiraient. D’autres grands interprètes contemporains jouaient aussi ses partitions, ainsi le célèbre violoniste russo-américain Efrem Zimbalist (1899-1985).

Plusieurs de ses opus furent imprimés de son vivant, entre autres par Julius Zimmermann à Leipzig.

Sa musique est assez rapidement tombée dans l’oubli et avec lui disparut l’accueil positif  international dont elle bénéficia à une certaine époque.

Catalogue commenté des œuvres principales

Ω Ω Ω  Musique orchestrale

  ● Musique de scène pour le drame de Ludvig Josephson « A Stormy Day » (Jour d’orage) en trois actes pour le Vieux Théâtre dramatique de Stockholm. 1892. Le thème concerne l’histoire du peintre hollandais Gerhard Dou (un élève de Rembrandt) et de sa jalousie. La musique, assez académique,  ne procède à aucun rapprochement avec  la musique du 17e siècle, au contraire, elle se ressemble timidement de  la musique germanique de son temps, avec quand même quelques touches populaires suédoises. Aulin composa une ouverture pour chacun des trois actes de la pièce, un mélodrame et des fragments pour une ballade.

L’écrivain Ludvig Josephson (1832-1899), directeur du Théâtre de Christiania (1873-1877), frère du compositeur Jacob Axel Josephson (1818-1880),  était  l’ une des personnalités majeures du monde théâtral suédois à la fin du 19e siècle.

   Konsertstyckepour violon et orchestre, op. 7. 1891. Pièce de concert  en un seul mouvement, de forme sonate, divisé en deux parties :  Moderato et Cadenza – A Tempo. Durée : 16’30. Œuvre dédiée au professeur  Emile Sauret.

Sa manière porte les marques de l’école romantique  franco-belge de violon. Aulin écrit de manière parfaite pour son instrument auquel il donne des accents à la fois virtuoses et fantaisistes. Il lui donne le meilleur de sa création.

Le violon domine et s’impose, romantique, bien que l’orchestre soit très présent et efficace ; il chante  avec délicatesse mais sait aussi se montrer imérieux, voire impétueux.

Assurément cet opus 7 l’une des œuvres majeures de Tor Aulin.

Deux thèmes aux contours bien dessinés et très chantants amènent à une exposition suivie par un bref développement qui avance vers une section très lyrique notée Andantino,  très proche de l’esprit d’une chanson.

La section centrale avec orchestre  conduit rapidement à une cadence solo. Suit une reprise du motif de l’exposition avec le second thème (qui est passé de si bémol majeur à sol majeur). Culmination dans une coda imposante et non exempte de majesté. La partie soliste fait allusion à diverses sections entendues dans les passages transitionnels précédents.

   Concerto pour violon et orchestre  n° 1. Les musicologues suédois n’ont  trouvé ni  partition entière ni parties du Premier Concerto pour violon de Tor Aulin. Du moins portant cet intitulé. En vérité, ce premier et hypothétique Concerto n° 1 ne serait rien d’ autre que la Pièce de concert op. 7 dont ils partagent la même tonalité et dont la date de création serait la même, à Stockholm,  le 17 janvier 1891. A n’en point douter ces deux partitions ne sont en définitive qu’une seule et même composition.

  Concerto pour violon et orchestre  n° 2 en la mineur, op. 11. 1893. Trois mouvements joués sans pause : 1. Moderato, 2. Andante sostenuto, 3. Allegro vivace. Durée : 23’.

Dédié au chef d’orchestre de la cour,  Conrad Nordqvist (1840-1920), ancien professeur, sa création se déroule avec Aulin comme soliste le 14 janvier 1893 à Göteborg lors du second concert donné par le nouveau grand orchestre  dont le  premier violon se nomme Lars Zetterqvist (1860-1946)  et le chef d’orchestre J.E. Hedenblad.

Dans cette partition, le compositeur ne s’éloigne pas vraiment de l’école de violon français même si l’on perçoit des ébauches d’une certaine sonorité nordique.

Aulin propose un motif montant, relativement dissonant,  au début de la partition ; il va servir de structure principale à l’ensemble du premier mouvement. Caractère que l’on retrouve au milieu de la section suivante, Andante, et dans le motif de tarentelle du dernier mouvement qui, au total, abrite dans ses mesures finales  les deux thèmes principaux utilisés dans le premier mouvement. Ces deux thèmes affichent  des traits romantiques mélancoliques, une structure proche des chansons, bien dessinés. Ils infiltrent plus ou moins nettement l’ensemble du concerto. A plusieurs égards la proximité et l’intimité du compositeur avec les œuvres de Mendelssohn et Bruch paraissent certaines.

  ● Musique destinée à Giorgione pour le drame de Tor Hedberg au Vieux Théâtre dramatique. 1903.

  Concerto pour violon et orchestre  n° 3, en do mineur, op. 14, 1906, créé  en 1896 par  Henri Marteau, le dédicataire.

Ce dernier  concerto, virtuose,  porte à lui seul une grande part de la réputation d’Aulin comme compositeur. Il s’agit d’une œuvre très bien construite et plaisante à écouter où se ressentent les influences conjuguées de Max Bruch et de Robert Schumann,  mais aussi de son ami Edvard Grieg. Certains le considèrent comme l’un des plus beaux composés en Suède. On le donne aussi à Dortmund lors du festival de musique suédoise avec Henri Marteau comme soliste. Grieg qualifie l’œuvre de «  pur Tor ».

Parmi les œuvres jouissant d’un authentique crédit et appréciées par les musiciens du temps on rappellera la présence du Concerto pour violon en ré majeur (1806) de Beethoven, celui de Brahms en ré mineur  ( op. 77, 1878), ceux de Félix Mendelssohn (ré mineur, 1822 et mi majeur, 1844), Max Bruch (n° 1, sol mineur, op. 26, 1866 ; n° 2, ré mineur, op. 44, 1877 ; n° 3, ré mineur, op. 58, 1891) sans oublier  Anton Rubinstein avec un Concerto pour violon,  op. 46 de 1857. Les mélomanes et les solistes de cette époque connaissaient peut-être le très beau Concerto en do dièse mineur (1820) de  Franz Berwald,  les premiers des cinq concertos de Henri Vieuxtemps mais aussi ceux de Dvořák (en la mineur, 1880), Tchaïkovski (en ré mineur, 1878) et Camille Saint-Saëns (n° 1, la mineur, op. 20, 1859 ; n° 2, en ut, op. 58, 1858 ; n° 3, si mineur, op. 61, 1880).

Mäster Olof, suite orchestrale d’après la musique de scène pour la pièce éponyme de son ami Strindberg, op. 22, 1908,  composée de cinq parties : 1. Reformatorn (I Strängnäs kloster), Le Réformateur, Moderato, durée : 3’30, titre initial : Olof ; 2. Husfrun och barnet,  La Femme et l’Enfant, Andantino, 6’, initialement titrée Christiania  comme Prélude de l’acte III ; 3. I Storkyrkan, Dans la cathédrale, Allegro molto agitato-Animato-Andante-Presto, 3’. C’est le Prélude de l’Acte II ; 4. Margaretas död, La Mort de Margareta, Molto lente e funebre, 6’ ; 5. Festen vid Norreport, Réjouissances à Norreport, Allegro vivo, 8’. A l’origine il s’agissait du Prélude du cinquième acte intitulé “Ave Maris Stella” basé sur l’hymne médiéval Marie. Cette musique de scène résulte d’une commande reçue pour l’ouverture du nouveau théâtre en 1908. Sa création a lieu  le 19 février 1908.

Le thème de la pièce tourne autour du grand réformateur luthérien Olaus Petri pendant la première moitié du 16e siècle.

Aulin et Strindberg se fréquentaient amicalement. On sait que le littérateur aurait volontiers poursuivit leur collaboration.  Malheureusement le temps manquait cruellement au musicien mais en même temps les diverses propositions de Strindberg ne lui paraissaient pas suffisamment sérieuses. En tout cas, au début de l’année 1907, le violoniste reçoit une lettre de l’écrivain qui souhaite le rencontrer annonçant qu’il s’agissait de  « quelque chose de nouveau,  de grand, de singulier ! Bien que modifiable ! » Sa pièce avait été retenue pour l’inauguration du nouveau théâtre et il voulait  que lui soit associée une musique bien adaptée. Début octobre, il adresse le texte de M. Olof à Tor et leur collaboration se poursuit sans qu’ils se rencontrent  physiquement. Strindberg  ne cache pas son approbation et sa satisfaction en découvrant le travail fournit par le compositeur pour les préludes de chacun des cinq actes et pour le mélodrame de l’acte III.

Après la création, Wilhelm Peterson-Berger, critique aussi sévère que redouté, apprécie la réalisation de son jeune collègue et se montre favorable envers sa musique écrite « dans un style suédois simple et de belle sonorité avec de discrètes références à la Renaissance germanique » faisant allusion aux Maîtres chanteurs de Wagner tant appréciés des deux hommes.

Secondairement, Aulin met en place une suite orchestrale après avoir retravaillé la musique de scène initiale. Il renomme les mouvements, change l’ordre des parties afin d’apporter une plus grande diversité et le dernier mouvement reçoit une musique totalement nouvelle. Aulin confia qu’il considérait sa musique pour M. Olof comme « l’une des choses les plus convenables qu’il ait écrite. »

Cette suite commence par Le Réformateur, portrait de Olaus Petri qui au 16e siècle participa à l’implantation du lutéranisme en Suède, par le choix d’une orchestration assez monumentale et brillante avec son thème solide et récurrent, mais varié, que l’on retrouvera dans chacun des cinq mouvements de la suite. Stenhammar apprécia particulièrement ce mouvement, le trouvant « vraiment dramatique ». Effectivement, cette musique est autrement plus puissante et réussie que les modestes Danses op. 28 et 32. L’orchestre est traité avec précision, les rythmes bien soutenus et les parties mélodiques dressent un tableau décidé du Réformateur. La flûte soliste, altière et sautillante, s’impose un temps, délicate et légère avant de s’effacer en faveur de l’ensemble de l’orchestre.

Le second mouvement dresse un tableau affectueux  et intime de la femme d’Olof.  Son rendu est ouvertement sentimental, trop pour Stenhammar, qui cependant dirigea souvent la musique de Maître Olof en concert à Göteborg. Le hautbois chante un long air apaisé sur un pizzicato pacifique des cordes. La suite offre quelques variations sur ce thème réfléchi et réservé, contrastant  clairement avec la figure d’Olof.

Dans la partie suivante, Olof prononce un sermont enflammé dans la cathédrale de Stockhlolm. Aulin en rend compte par une musique puissante et dynamique. Cette troisème section élabore un flux musical confié à l’orchestre surtout, nerveux, décidé, martial qui affiche sa détermination sous forme de marches crescendos volontaires et guerriers.

Le quatrième mouvement relate les relations difficiles entre Olof et sa mère moribonde. La désolation de la clarinette et l’orchestre attristé concourent à l’élaboration d’une des plages les plus émouvantes et véridiques de Tor Aulin. On y entend une musique funéraire retenue, voire grave, avec de plus la participation d’un  Dies irae médiéval. Les plans d’Olof étant déjoués, il est enfermé.

On l’a dit,  la dernière section est totalement recomposée. Alors que dans la pièce Olof attend son exécution mais échappe au pire et est qualifié de renégat, le compositeur pare son dernier mouvement d’un finale glorieux voire triomphant, enjoué certes mais sans indécence  avec son rythme de  marche traditionnelle confié à l’ensemble des pupitres et de brefs passages solistes.

 Son thème découle d’une page du troisième acte alors que la Réforme est célébrée et une chanson issue du folklore suédois y est incorporé (« Mandom mod och morske mön »). L’ami Stenhammar apprécia  ce mouvement le qualifiant de « splendide et festif » mais en même lui reprocha son caractère excessivement exubérant.

La qualité de la musique de Maître Olof nous autorise à la rapprocher modestement des grands réussites antérieures que furent les expériences pour le théâtre de Beethoven (Egmont), Schubert (Rosamunde), Mendelssohn (Rêve d’une nuit d’été), Grieg (Peer Gynt), Carl Nielsen (Aladdin), Sibelius (Pelléas et Mélisande). Malheureusement l’aventure d’Aulin au Théâtre dramatique royal  échoua partiellement pour cause de désintérêt du public ce qui le conduisit à démissionner à la fin de la première saison.

  3 Danses du Götland (Göttlandische-Tänze), pour orchestre, op. 28. La création se déroule à Göteborg le 6 novembre 1910 sous la direction du compositeur.  Initialement en cinq mouvements pour violon et piano (op. 23), il orchestre les numéros 3, 4 et 5 : 1. Allegro moderato, 2. Andante malinconico, 3. Moderato maestoso. Durée : 14’.

Les trois mouvements s’appliquent habilement à reproduire l’impression de proximité avec les chants folkloriques de la région du Götland dans un habillage plutôt sage. Musique  assez délicat certes mais dépourvue de spontanéité et d’extravagance. Le Moderato maestoso se montre  plus consistant et entraînant.

  4 Danses suédoises (Svenska danser/Schwedische Tänze), pour orchestre, op. 32. Compilées en 1912 et 1913. Quatre parties : 1. Moderato marcato, 2. Quasi moderato, 3. Poco andante, 4. Molto vivace. Durée 20’. Il s’agit de l’arrangement orchestral (publié en 1913) de la version pour violon et piano, op. 30. Cette musique dédiée « à Monsieur le  professeur Georg Hüttner et à l’Orchestre philharmonique de Dortmund » est créée à Göteborg, le 6 avril 1913, sous la baguette de Wilhelm Stenhammar.

Les mouvements rapides sont dansants et offrent un divertissement jovial, une gaieté populaire simple, basée sur une instrumentation aussi académique que brillante avec sa base rythmique presque immuable et ses mélodies d’allure paysanne répétées à l’envie. L’Adagio avec un début éthéré débute au hautbois sur un motif court et modeste, renforcé par les cordes et les bois (sans oublier la harpe). Belle démonstration de la maîtrise orchestrale d’Aulin. Un climat dépouillé et élémentaire, presque rudimentaire domine, moins rêveur que placide, jusqu’au retour des bois (puis du reste de l’orchestre) où la musique s’enrichit de quelques timides variations, insuffisantes pour déstructurer le flegme dominant du mouvement.

Grâce à leur instrumentation brillante et colorée certains, à juste titre,  ont rapproché les Danses du Götland et les Danses suédoises des Danses norvégiennes de Grieg, des Danses hongroises de Brahms et des Danses slaves de Dvořák.

  ● Aulin  qui aimait la musique de Richard Wagner élabora une Paraphrase pour orchestre des Maîtres chanteurs.

   Le Dernier chevalier (Siste Ridaren), avec la musique de scène d’après la pièce de Strindberg, fut reçu positivement au Théâtre dramatique royal et l’auteur en aima l’accompagnement musical entendu pour la première fois le 22 janvier 1909.

Ω Ω ΩMusique de chambre pour violon et piano

  Sonate pour violon et piano en ré mineur, op. 12, 1892. Négligée, écartée, oubliée, elle ne sera publiée qu’en 1924 en Allemagne. Le Quatuor Aulin la crée à Stockholm le 4 avril 1892 lors de la 25e soirée de musique de chambre. Le compositeur était accompagné d’une musicienne amateur très habile, Ida Åqvist.  On pense que ce fut la seule exécution publique pratiquée du vivant du compositeur. La raison tiendrait  au propre jugement d’Aulin sur son travail, en particulier lorsqu’il le comparait aux réalisations correspondantes de Sjögren et de Stenhammar. Ou peut-être y a-t-il  un rapport avec la pianiste de la création qui ne fut rien moins que son épouse avec laquelle il ne fut pas heureux. Le manuscrit avant sa publication tardive à Leipzig sera contrôlé par Paul Juon, musicien russe ayant vécu en Allemagne où il côtoya également Jean Sibelius et qui fut l’un des proches amis d’Aulin.

Œuvre très achevée et  manifestement influencée par Sjögren dont Aulin avait plus qu’apprécié la Sonate en mi mineur, op. 32 de 1888 (la Sonate n° 1 en sol mineur, op. 19 date de 1885).

D’une durée totale de 27’ environ, elle présente trois mouvements : 1. Moderato con moto, 2. Andante sostenuto, 3. Allegro vivace e risoluto. Aulin avança lors d’ une occasion qu’il était pratiquement né au sein de  la musique de chambre, ce que montre clairement le début de cette présentation.

Le premier mouvement de forme sonate affiche une grande ardeur avec ses deux thèmes bien opposés ; le second mouvement intensément mélodique évoque une sorte de musique populaire dansante en son milieu. La dernière section présente un premier thème caprioccioso et un second idyllique.

Manifestement cet opus ne gagna pas les faveurs des contemporains (en plus il ne fut pas publié) contrairement aux pièces correspondantes de Sjögren et Stenhammar.

Manifestement Aulin connaissait également les œuvres de Franz Berwald auteur de 3 Trios avec piano, d’un Quintette avec piano, d’un Duo pour violon et piano de 1860 ; mais aussi celles de Ludwig Norman (Sonate en ré mineur, op. 3, 1852) et Wilhelm Stenhammar (Sonate en la mineur, op. 19, 1899-1900).

  4 Stücke, op. 16, dédié  au violoniste russo-américian Mischa Elman, comprend : 1. Barcarole, Andante grazioso, quasi allegretto ; 2. Impromptu, Allegretto vivace e scherzando ; 3. Märchen, Lento e semplice ; 4. Etude, Allegro appasionato. Durée : 24’

  Midsommar-dans, op. 18

  Albumblatt, op. 20

  Lyrische Gedicht, op. 21

  Danses du Götland (Götlandska danser) pour violon et piano, op. 23, en cinq mouvements. Composées probablement vers 1908-1909. Forme initiale donc secondairement orchestrée sous le numéro d’opus 28. Inspirées de danses populaires de la région du Götland, l’une d’entre elles serait présente dans un recueil de  pièces pour piano de Jakob Adolf  Hägg, l’auteur de la célèbre Symphonie nordique, datant du début des années 1870 ; les autres proviendraient du recueil Götlandstoner (1912) d’August Fredin. On repère aussi des influences provenant les polkas typiques en doubles croches de la région du Götland (mouvements rapides) mais aussi pour les parties lentes, une pudique mélancolie que l’on trouve également dans certaines danses.

  Fyra violinstucken (Quatre pièces pour violon), op. 27

  Danses suédoises (Svenska danser), op. 30 pour la version de chambre, op. 32 pour la version orchestrale. Publiées en 1912. Version dédiée à Georg Hüttner qui organise un festival de musique suédoise à Dortmund en 1912. Aulin emprunte ses thèmes et mélodies à certaines musiques populaires de diverses régions suédoises. Musique pleine d’allant, de joie, de fraîcheur et d’humour, de charme également. Danses « librement arrangées » selon les indications du compositeur placées sur la partition.

  4 Kinderstücke (Quatre Pièces pour les enfants), op. 33

  Deux Pièces de caractère  (2 karakterstycken)  : 1. Cavatina, Andantino,  dédié à Madame Emmy Sauret ;  2. Mazurek, Tempo di Mazurka. Durée : 9’

  Minnesblad/Memorendum (Feuille d’Album/Albumleaf), Andante, 4’ environ.

  Quatre Aquarelles (Fyra akvareller /Four Watercolours), pour violon et piano. Dédiées à Erik Liforss. Comprend : Idyll (Andante), Humoresk (Allegro scherzando), Vaggsång (Berceuse, Poco Lento), Polska (Allegretto). Durée : 14’ environ. Ces miniatures sans prétention, musique de salon certes mais de belle facture furent composées en 1899. Ces « chansons instrumentales »,  très populaires, proches des folkores norvégien (on pense à Grieg dans l’Humoresque) et suédois comptent parmi les plus fréquemment interprétées de son catalogue.

Ω Ω ΩChansons pour voix et piano. Citons :

  Tre dikter af Tor Hedberg (Trois poèmes d’après Tor Hedberg), op. 24

  Två dikter af August Strindberg (Deux poèmes d’après Strindberg), op. 31

  Trenne sånger

  Vier serbische Volkslieder nach J. Runneberg (Quatre chants populaires serbes)

    ● Deux textes d’August Strindberg furent mis en musique par Aulin, constituant son opus 31 :   Och riddaren for uti österland  et  Det var en fatting yngling .

   Trois chansons d’après Tannhäuser, pour baryton et orchestre, textes de Julius Wolff, dédiées à Grieg.

Ω Ω ΩPiano, dont :

  Tre albumblade (Trois Feuilles d’album), op. 5

  Kleine Suite (Petite Suite)

  Valse caprice, pour piano à 4 mains

Ω Ω Ω un Quatuor à cordes, Serenata, op. 1, 1887 ? Œuvre de jeunesse inachevée. Contiendrait des fantaisies basées sur  des airs d’opéras italiens selon  le musicologue suédois Bo Wallner. Il ne composa pas d’autre quatuor à cordes.

Ω Ω ΩCadence pour des œuvres de Mozart : Concerto pour violon n° 5 en la majeur, op. 17 ; Concerto pour violon n° 3 en sol majeur, op. 29.

Ω Ω Ω Il réalise un certain nombre de transcriptions et arrangements  pour violon et piano de chansons de Sjögren (lyriska dikter/poèmes lyriques). Et Etüden für Violine de H.E. Kayser.

Ω Ω Ω Des exercices pédagogiques et des recueils d’études pour son instrument principal, dont une étude publiée en 1903.

Note sur Laura Valborg Aulin (Gävle, 9 janvier 1860-Örebro, 11 janvier 1928). Sœur ainée de Tor, elle gagne une belle réputation comme pianiste. Instrument dont elle commence à recevoir des leçons dès l’âge de six ans. Elle étudie au Conservatoire de Stockholm (1877-1882) et reçoit une bourse Jenny Lind (1885) qui lui permet d’aller étudier la composition pour une une courte période auprès de Niels Gade à Copenhague et ensuite de passer deux années à Paris où elle travaille avec Jules Massenet et Benjamin Godard. Grande est sa notoriété de pianiste et de pédagogue recherchée. Elle s’installe à Örebro en 1903  et y passe le reste de sa vie.

 Elle laisse de la musique de chambre et des pièces pour piano mais aussi Herr Olof, une ballade pour baryton, chœur et orchestre ; un Hymne de Noël pour chœur et orgue ; Procul este pour voix soliste, chœur et orchestre. On trouve aussi des chansons avec ou sans accompagnement, une suite pour orchestre, deux quatuors à cordes et une sonate pour piano.

Orientation discographique

→ Swedish Romantic Violin Concertos. Berwald (Concerto en do dièse mineur, op. 2) ; Wilhelm Stenhammar (Deux Romances sentimentales, op. 28) , Tor Aulin (Concerto n° 3 en do mineur, op. 14). Tobias Ringborg (violon), Orchestre de chambre suédois, dir. Niklas Willén. Enregistrement réalisé à Örebro (Suède) les 7 et 8 février 1997. Naxos 8.554287.

→ Music in a Nordic Summer Night. Œuvres de Armas Järnefelt, Fini Henriques, Carl Nielsen, Jean Sibelius, Christian Sinding, Johan Halvorsen, Ole Bull, Oscar Lindberg, Hugo Alfvén et Tor Aulin : 4 Akvareller. Stig Nilsson (violon) & Håvard Gimse (piano). Enregistré à Jar Church, avril 1972. Victoria  VCD 19052.

→ Swedish Turn of the Century 1900. Nombreuses oeuvres suédoises dont certaines  de Tor Aulin :  Fyra stycken (Quatre Pièces op. 16) ; Fyra akvareller (Four water-colours) ; Deux Pièces de caractères ; Minnesblad (Memorandum). Semmy Stahlhammer (violon), Love Derwinger (piano) et Elisabeth Boström (piano). Enregistrements effectués à Stockholm et Hegagården (Varmland) en 1997 et 1998. Nosag Records CD 4049, coffret 3 CD.

Concerto pour violon et orchestre n° 3 en do mineur, op. 14. Quatre Aquarelles pour violon et piano. Danses du Götland, op. 23. Arve Tellefsen (violon), Orchestre symphonique de la Radio suédoise, dir. Leif Segerstam.  Arve Tellefsen (violon) et Göran W. Nilson (piano). Enregistrements : 1973 et 1974. EMI E 061-35157.

Mäster Olof, suite en 5 mouvements, op. 22. Orchestre symphonique d’Örebro, dir. Göran W. Nilson. Enregistré à Örebro en septembre 1987. Sterling CDS-1011-2. Avec Dithyram de Ture Rangström.

Konsertstycke pour violon et orchestre, op. 7. Concerto pour violon et orchestre n° 2, op. 11. Danses du Götland pour orchestre, op. 28. Danses suédoises pour orchestre, op. 32. Tobias Ringborg (violon), Orchestre symphonique de Gävle, dir. Niklas Willén. Enregistrement : 2002. Sterling CDS-1050-3.

Quatre Aquarelles. Nils-Erik Sparf (violon), Bengt Forsberg (piano). Enregistré à Stockholm en avril 1991. Musica Sveciae MSCD 616. Avec des œuvres de Stenhammar et Kallstenius.

Quatre Danses suédoises. Trois Danses du Götland. Mäster Olof. WDR Rundfunkorchester Köln, dir. Niklas Willén. Enregistrement réalisé à Cologne, les 12-14 janvier 2011. CPO 777 775-2.

Sonate pour violon et piano en ré mineur, op. 12. Per Enoksson (violon) et Anders Kilström (piano). Enregistré  à  la Maison de la Radio, Stockholm, les 25-27 mars 1987. Musica Sveciae MSCD 608 (+ Quatuor à cordes n° 1 d’Algot Haquinius).

→ Musique au Théâtre dramatique royal. Mäster Olof ; Ur En Stormig dag (avec les ouvertures destinées aux actes I et II) et deux extraits de la Suite orientale de Kurt Atterberg. Orchestre royal de Stockholm, dir. Eri Klas. Enregistrement effectué à l’Académie de Stockholm en septembre et octobre 1987. Musica Sveciae MSCD 618.

Pour en savoir davantage

Arthur Adamov. Strindberg. L’Arche, collection « Les miroirs », 1982.

Tor Aulin.  Dictionnaire biographique des musiciens. Theodore Baker-Nicolas Slonimsky. Adapté et augmenté par Alain Pâris. Robert Laffont, 1995.

Jean-Luc Caron. Portrait : Ole Bull. « Le Paganini du Nord ». Bulletin de l’Association Française Carl Nielsen (AFCN) n° 4, 1988, p. 62-79.

Jean-Luc Caron. Franz Berwald. Bulletin de l’Association Française Carl Nielsen (AFCN) n° 16, 1997.

Jean-Luc Caron. Dictionnaire Hugo Alfvén (1872-1960). Bulletin de l’Association Française Carl Nielsen (AFCN) n° 21, 1999-2000.

Jean-Luc Caron. Elfrida Andrée. Une Suédoise en quête de reconnaissance. Etude mise en ligne sur ResMusica.com le 24 février 2013.

Edvard Grieg. Letters to Colleagues and Friends. Edité par Finn Benestad, traduit par William H. Halverson. Peer Gynt Press, 2000.

Erik Kjellberg. Grieg and Sweden.  In Edvard Grieg (1843-1993). Studia Musicologica Norvegica n° 19. Scandinavian University Press, 1993.

Robert Layton. Laura Valborg Aulin. New Grove Dictionary of  Music and Musicians. Ed. Stanley Sadie. MacMillan Publishers, 1980.

Robert Layton. Tor Aulin. New Grove Dictionary of Music and Musicians. Ed. Stanley Sadie. MacMillan Publishers, 1980.

Michael Meyer. August Strindberg. Biographie NRF Gallimard, 1993.

Robert Quist. The History of Modern Swedish Music. An Introduction to Nineteen Composers. The Edwin Mellen Press. 2010.

Auguste Strindberg. Maître Olof. Théâtre complet. L’Arche, 1982.

Textes de présentation discographique : Frank Hedman (Sterling CDS-1011-2) ; Lennart Hedwall (Sterling CDS-1050-2) ; Anders Edling (Musica Sveciae MSCD 616) ; Stig Jacobsson (CPO 777 775-2) ; Bo Wallner (Musica Sveciae MSCD 608) ; Margareta Rörby (Musica Sveciae MSCD 628).

Conclusion

Dommage que l’on ait oublié le rôle majeur que joua Tor Aulin dans la vie musicale de la Suède du tournant du siècle, riche période de sa courte vie pendant laquelle, violoniste de talent,  il enregistra de grands succès,  principalement sur sa terre natale.