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Musakk for a while au TCE

Le Théâtre des Champs-Élysées faisait salle comble mardi avec à l’affiche la diva accompagné de de . La personnalité rocker de Dominique Visse, prévu au programme, était un élément supplémentaire d’intérêt. Las, à la dernière minute il a annulé sa participation.

La présence de haut-parleurs sur la scène, les instruments hétéroclites, Purcell jazzy, pourquoi pas ? Les musiciens sont entrés, lancés dans un ostinato en ritournelle soft, qui va et qui vient, et qui revient. Le violon la suit et la répète, étrange alliage entre virtuosité et vacuum. Purcell édulcoré en chansonnette. Ils ont beau aller et venir, on attend, on attend, et on s’ennuie. Pas le public. On applaudit l’entrée de Jaroussky qui apparaît en costume sombre sur accompagnement de l’orchestre, style « The Voice », mais sans le magnétisme de Frank. Sa voix est gracieuse, cristalline, froide est belle. Indifférente. Parfaite. Ses gestes, qu’il semble avoir répétés en étudiant de vieux films, sont mécaniques. Les mains qui se nouent, la tête qui penche, un crooner transparent. Cela semble plaire au public docile qui applaudit dès que l’orchestre lui fait sentir que c’est le moment, comme sur un plateau télé.

Les subtiles modifications rythmiques et harmoniques opérées chirurgicalement au sein du « ground » par Pluhar ont pour effet d’aseptiser les airs, de leur retirer toute chair, toute possibilité d’émotion. Lorsque la voix frise l’expression d’un sentiment, l’accompagnement convenu rassemble tranquillement le troupeau dans la platitude. C’est facile, ça se laisse entendre, les musiciens sont irréprochables et pourtant c’est insipide. On ne sent aucune liberté d’improvisation, au contraire. Tout est prévisible. Certains airs qui se veulent folks donnent la nostalgie de Joan Baez toute proche. D’autres virent au latino en un métissage gris. La subversion ici est celle, effrontée, du business égalisateur de talent. Les stars d’antan avaient une autre allure, une séduction, du charisme. Ah… Dean Martin ! Où est l’audace revendiquée par Miss Pluhar ? Une musique aseptisée, laminée, commerciale, bien loin de « l’atmosphère nocturne et enfumée d’une soirée dans un bar de jazz », évoquée par Jaroussky sur son site.

Le style de ce soir-là, évoquait un club de vacances, ou une croisière Costa. La salle était donc archi pleine d’un nouveau public. Standing ovation à la fin. Est-ce que ce serait ça, finalement, la nouvelle musique classique qui remplira les salles de 2500 places ?

Crédit photographique : © Marc Ribes / Erato – Warner classic