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Louis Schwizgebel, le plus jeune des grands interprètes

Le jeune pianiste d’origine suisse et chinoise Louis Schwtzgebel  se produit encore bien rarement en France. Rappelons donc  brièvement que, né en 1987, il est lauréat du fameux prix de Genève à 17 ans et  second prix du concours de Leeds en 2012. Il a déjà une carrière internationale importante derrière lui. acquiert enfin  la célébrité  auprès du public français grâce à la parution, en 2013, de son premier  CD, Poems, proposant, notamment, une interprétation idéale de Gaspard de la Nuit de Ravel et de Lieder de Schubert transcrits par Franz Liszt.

Le concert donné au parc de Bagatelle fut pour beaucoup une révélation. nous entraîne d’entrée de jeu dans les sphères de l’intensité grâce à un toucher déjà bien à lui et reconnaissable par sa rondeur et surtout sa luminosité. Au reste, il ne s’agit pas d’un toucher mais de plusieurs, oscillant  subtilement entre le registre grave et puissant et, à l’opposé, une approche aérienne, diaphane et quasi immatérielle du clavier dont la maîtrise absolue suscite l’émerveillement. L’exigence de précision dans les attaques et de clarté dans le chant  fait que chaque note de la mélodie a sa couleur  propre et son juste poids. Une technique du plus haut niveau permet à l’artiste de magnifier  les courbes mélodiques qu’il dessine comme celles d’une voix, avec une concentration, une tension sans relâche.

La sonate de Beethoven d’une limpidité sereine n’est que subtilités, idées neuves qui se répondent en mettant en évidence la structure des différents mouvements de façon fascinante, sans effets rhétoriques. L’interprétation magistrale des œuvres de Chopin, d’une belle maturité, force l’admiration. La transparence du jeu de Schwizgebel  pare les œuvres d’une lumière subtile. Approche  en conformité avec l’exigence de Chopin insistant sur le fait que ses œuvres doivent être  jouées doucement. Nous sommes loin des grands éclats fortissimo  de virtuoses cherchant à plaire au public qui, hélas, en raffole. Notons la  citation de cette Fantaisie dans la pièce minimaliste de aux sonorités si bien dosées.

La  Ballade n°3 fut éblouissante, même si la partie centrale manquait quelque peu d’unité. Les trois Mazurkas, rarement données, ont su, au-delà de la danse, chanter de façon déchirante la nostalgie du pays natal, et, dans sa linéarité, la grande Etude de l’opus 25 permit au pianiste d’en mettre en valeur l’admirable mélodie  touchant au plus profond de l’âme.

« L’invitation à la valse » étant le thème de ce Festival Chopin, Schwizgebel n’a pas eu assez la possibilité de se révéler  là où il excelle,  où il est sans doute unique, dans les transcriptions de Liszt de certains Lieder de Schubert. Consolation, il offrit en bis  Ständchen, ce Lied issu du cycle ultime du Schwanengesang, que Liszt transcrit  en 1838 en ajoutant la mélodie à l’accompagnement déjà écrit par  Schubert. Le pianiste réussit la prouesse de jouer cette transcription d’une complexité qu’on imagine redoutable avec une aisance, une grâce lumineuse. La mélodie parcourt le clavier, passant d’une main à l’autre comme un fil d’or en se détachant merveilleusement de l’accompagnement.

Louis Schwizgebel, si attachant, marque de son empreinte, de son style, ce qu’il aborde dans des interprétations d’exception. Il compte déjà parmi les grands maîtres du piano.

Crédit photographique : © Christian Lutz

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