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50 ans du Quatuor Talich au Festival Pablo Casals

Le , l’une des meilleures formations actuelles de musique de chambre, fête cette année ses 50 ans d’existence. Le festival Pablo Casals rend tout naturellement hommage aux quatre vénérables musiciens en réservant un concert qui leur est entièrement consacré et un autre, intitulé « Romances russes ».

Le concert anniversaire du 1er août a quelque chose de mémorable. Les orages qui ont éclaté en fin d’après-midi ont privé les musiciens d’une grande partie du temps prévu pour la répétition. Malgré tout, le Quatuor en fa mineur op. 80 de Mendelssohn qu’ils jouent en premier nous a littéralement éblouis, par la profondeur de l’interprétation et par l’unité qui règne entre eux, et avant tout par l’énergie qu’ils dégagent. Un Mendelssohn beethovénien, tourmenté et profondément bouleversant, exécuté avec fureur, suffit à procurer à la salle une satisfaction totale, mêlée de stupéfaction. A tel point qu’il y a même des applaudissements de rappel et quelques personnes qui se lèvent. Le Quatuor n° 8 de Chostakovitch, ainsi que le Quatuor « De ma vie » de Smetana après l’entracte, atteignent un niveau de perfection impressionnant : le « Largo » final de Chostakovitch se démarque par une sonorité douce et crémeuse ; dans Smetana, l’agogique est ingénieusement mise en avant, notamment dans le finale, rendant la pièce encore plus vivante. Après une brève allocution de  remerciements, par le premier violon Jan Talich, aux membres du Quatuor qui ont précédés les actuels et au public, on entend en bis Libertango de Piazzolla et un arrangement de Joyeux anniversaire qui se décline en style haydnien, en ragtime, en tango, en tzigane… dans une atmosphère très décontractée.

Le 2 août, au magnifique Prieuré de Serrabonne – fondé au 11e siècle et célèbre pour sa tribune sculptée de marbre rose –, un concert « Romances russes » en hommage à Prosper Mérimée, inspecteur du Patrimoine qui classa le prieuré parmi les premiers monuments historiques de France ; il était également traducteur d’Alexandre Pouchkine, d’où le thème du concert. Au Caprice sur des airs danois et russes op. 79 de Saint-Saëns (1887), pour flûte, hautbois, clarinette et piano, écrit en toute hâte (succession de motifs empruntés à des airs folkloriques sans développement) pour une tournée russe, et au Trio pathétique en ré mineur de Glinka pour clarinette, basson et piano (le directeur artistique du Festival et le clarinettiste Michel Lethiec souligne au début du concert que l’œuvre est déprimante mais pas tant que ça !), succède le Quatuor n° 1 de Tchaïkovski interprété par le . Les thèmes gracieux du premier mouvement à 9 temps sont développés avec passion et ardeur, dans un jeu de sonorités : le violon sonnant comme le violoncelle, ce dernier comme l’alto ou le violon… Suit le célèbre « Andante Cantabile » où mille couleurs sonores nous régalent encore, dont la partie médiane douce et délicate. Le « Scherzo » a une nette allure de marche, déterminée, insistant délibérément sur chaque temps fort, et le finale, l’« Allegro giusto », dominé par la rondeur du son, est également plus ou moins rugueux par endroits. Dans la reprise du thème initial, ils jouent sans aucun vibrato pendant quelques mesures dans une formidable concentration, produisant un effet presque surnaturel. Comme la veille, les auditeurs expriment leur entière approbation.

Epoustouflant

Le soir du même jour, à l’Abbaye, un autre concert tout aussi marquant, intitulé « Sur la route de l’est ». Entre un Terzetto en ut majeur de Dvořák (bonne énergie) et un Sextuor pour cordes, vents et piano de Dohnányi (convivial), le violoncelliste offre une interprétation prodigieuse de la Sonate en sol mineur de Rachmaninov avec Emmanuel Strosser au piano. Tout l’art du grand maître est là, condensé, les phrasés élégants et clairs, la vaste vision de l’œuvre dans son ensemble, la noblesse des sonorités, la consistance du discours, la virtuosité toujours au service de la musique… Le contraste sur le plan du tempo, de même que le caractère de chaque mouvement, est plus que convaincant : ainsi, après le célèbre « Allegro scherzando », angoissant, dans lequel Philippe Muller maintient une tension permanente, l’« Andante » est apaisant et serein, dans un chant large sur les cordes. Par ailleurs, on reste entièrement admiratif face à ses coups d’archet sûrs et justes, produisant à chaque fois un son si approprié.

comme une reine

Notre dernière soirée est essentiellement consacrée à des œuvres de Mozart. La formule est originale : un groupe de trois Sonates d’église jouées par des musiciens sur la tribune, avec la grande orgue, alterne à deux reprises avec les autres morceaux. Les sources sonores différentes (la scène et la tribune à l’opposé de celle-ci) donnent une impression de va et vient entre deux sphères, terrestre et céleste. Mais la sphère terrestre tend vers le ciel, car il s’agit d’un extrait de la Messe en ut mineur, des Vêpres solennelles pour un confesseur K. 339 n° 5, et de la Cantate sacrée « Davidde Penitence » K. 469. C’est qui assure la partie du chant. L’ancienne Révélation de l’ADAMI fait montre d’une belle évolution depuis quelques années : vêtue d’une robe ivoire à l’égyptienne, la jeune femme, de petite taille, est imposante sur scène, tant sa prestation est impressionnante sur le plan de la technique vocale et de son implication dans la musique. Elle incarne ces musiques de Mozart avec l’allure d’une reine. Vers la fin de « Laudate Dominum » (extrait de Vêpres solennelles), son duo avec le premier violon nous surprend par la similitude de timbre. Après la pause, pour terminer le concert, le Quintette à corde n° 1 de Mendelssohn où la violoniste se démarque par sa subtilité, sa délicatesse, l’attention qu’elle porte à tous les autres pupitres mais également par son énergie.

Crédits photographiques : Quatuor Talich, Phlippe Muller et Magali Arnault Stanczak © Némo Perier Stefanovitch

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