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A Montréal, Nabucco au temps du Risorgimento

Nabucco est à l’Opéra de Montréal avec un choeur et un orchestre en pleine forme, dans une coproduction avec le Washington National Opera, le Minnesota Opera et l’Opera Philadelphia.

De Jérusalem à Milan, du Temple de Salomon à la scène scaligère, Nabucco fut sans doute la première manifestation artistique d’importance associée au Risorgimento italien. Aux cris de Viva V.E.R.D.I. pour Viva Vittorio Emanuele Re D’Italia, répond une oeuvre forte, dont le thème central est l’oppression du peuple juif auquel s’identifiait le public italien. Le choeur des Hébreux, Va, pensiero, page sublime, illustrissime de l’opéra, garde encore aujourd’hui ses fervents défenseurs qui veulent toujours en faire l’hymne national. Devenu symbole vivant, Verdi demeure, aux côtés de Garibaldi et de Cavour, l’une des figures de proue dans le processus de réunification de la péninsule italienne.

On ne pourrait donner tort aux intentions à . C’est une relecture qui se veut historique, sur les aspirations du peuple de se débarrasser de l’occupant autrichien. Si la portée politique est sans équivoque, la mise en scène manque de mordant. Des loges sur trois étages, placées sur un côté de la scène, rappellent le temps où les Habsbourg exerçaient un pouvoir absolu sur la population lombarde – des soldats en uniforme défendent, fusils en joue, les classes privilégiées de la noblesse. C’est une sorte de retour aux sources que nous propose le metteur en scène et décorateur , secondé dans ses projets par Mattie Ullrich aux costumes et de aux éclairages. Ce sont de véritables tableaux que nous voyons apparaître à nos yeux : vastes toiles peintes, costumes somptueux, dorures sous différents éclairages, mais surtout une mise en scène traditionnelle d’époque (?) et une direction d’acteurs souvent absente. Cela n’aboutit pas. Rien de vraiment révolutionnaire dans les quatre parties et les trois heures que dure le spectacle. Cela paraît bien long pour un opéra de jeunesse mais plein de fougue du génie de Busseto.
Voix puissante, corsée, le Nabucco du baryton italien est extraordinaire de style et de tempérament. Très crédible sur scène, il réussit ce tour de force à convaincre tant sur le plan vocal que dramatique.

Les deux soeurs ont un air de famille, autant par la rondeur de leur silhouette que par les qualités respectives de leur voix. Tatiana Melnychenko dans le rôle d’Abigaille est une soprano à la voix forte mais quelque peu métallique tandis que Fenena de Margaret Mezzacappa est une mezzo-soprano correcte sans plus. Las, elles se rejoignent par un manque flagrant d’urgence scénique. Leur jeu très statique est souvent convenu. Si elles s’écroulent à tour de rôle pour donner l’impression de vulnérabilité, Abigaille s’empare du glaive pour dépeindre son personnage comme une vengeresse impitoyable. De plus, il est difficile de savoir qui est la fille légitime de Nabucco et l’autre… Du côté des basses, Ievgen Orlov en Zaccaria a une voix solide malgré des notes aigues souvent plafonnées. Le Grand Prêtre de Baal de Jeremy Bowes s’en tire avec honneur. Les seconds rôles sont tous bien tenus.

Le meilleur, on s’en doute, vient du choeur de l’Opéra de Montréal, sous la conduite de . Tous les ensembles sont bien menés. Le bijou choral des esclaves hébreux – repris après la tombée du rideau – vaut à lui seul le déplacement.

L’, dans une forme excellente, est sous la direction de maestro .

Photos : Opéra de Montréal