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La poésie d’un surprenant Casse-Noisette

Au Grand Théâtre de Genève, un Casse-Noisette féerique et dynamique.

Quelques « bouh » accueillent le chorégraphe au moment des saluts. Issus probablement de grands connaisseurs du ballet Casse-Noisette déçus de n’avoir pas vu dans la chorégraphie de , ni les tutus et ni le sapin de Noël traditionnellement montrés. Selon certains, il paraitrait même qu’on a intervertit certains numéros de la partition de Tchaïkovski. Sacrilège ?

Fustigeant souvent les libertés prises à l’opéra par des metteurs en scène avides de se montrer plutôt que de raconter le livret, votre serviteur se trouve tout à coup confronté avec un chorégraphe qui ne respecterait pas l’œuvre dans son origine. Grave dilemme ! Alors, que les traditionalistes l’excuse, mais en prenant les yeux d’un Candide, il ne jugera ce spectacle qu’en fonction de ce qu’il a vu et entendu.

Et voir est suffisant pour affirmer que la féérie et la poésie sont présentes à tous les instants de ce surprenant ballet. Féérie des costumes d’abord, avec ces improbables personnages vêtus de redingotes noires aux bordures blanches et coiffés de bonnets intégraux hérissés de piques rouge orangé du plus étonnant effet, pendant que Marie et ses copines sont vêtues d’un charmant justaucorps gris souris, les hanches rebondies par de légers coussins sur lesquels coule une longue jupe de mousseline colorée.

Féérie d’un décor qui pour dénudé qu’il soit fait appel a de très beaux éclairages pour le meubler. Sur le fond de scène noir, une armoire surmontée de gorgones fantomatiques. Des portes de verre miroir, dans un nuage brouillardeux, des personnages se précipitent sans discontinuer pour entourer l’effroi de Marie qui semble ne pas saisir ce qui lui arrive. Elle n’est pas la seule !

S’il est un reproche qu’on peut faire à la chorégraphie de , c’est que sous le couvert d’une incontestable esthétique, il ne sait pas raconter son histoire. Non pas que les rats doivent être des rats, le Roi un roi, la Reine une reine, mais jamais on n’a l’impression qu’il nous raconte une histoire. Aussi poétique et impalpable ce conte soit-il.

Dans la masse des danseurs, difficile pour le néophyte de distinguer qui est qui. Où se trouvent le Roi, la Reine, la Princesse ? Seul personnage sublimement présent, le charisme débordant de (Marie) habite l’espace. Même noyée au milieu des autres danseurs, on ne voit qu’elle. Quel charme ! Quelle danse ! Qu’on ne nous méprenne pas. Nahuel Vega (Le Prince des Noix) et Geoffrey Van Dyck (Dosselmeier) dansent admirablement, se donnent à leur rôle avec beaucoup de métier et de conviction. Mais chez , sans même qu’on ait cherché à la porter sur le devant de la scène, il y a une légèreté, un investissement théâtral, une émotion profonde et un naturel du geste qui lui fait dépasser l’idée même d’une simple danseuse. Elle est l’artiste. Au sens noble du terme.

Reste que les chorégraphies d’ensemble sont admirables de dynamisme. Pas un instant de répit dans ce ballet écervelé mené sur un rythme soutenu. Malgré le rêve sous-jacent, l’humour du chorégraphe n’est pas absent. Par petites touches, il propose quelques furtifs gestes de malice que Verbruggen a l’extrême élégance de ne pas se répéter quand bien même les leitmotive de la musique le permettraient.

Dans la fosse, mène avec précision un qu’on aurait aimé parfois plus présent, voire plus contrasté.

 

Crédits photographiques :  © GTG/Gregory Batardon