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Contrastes et harmonie entre Richard Galliano et Henri Demarquette

C’est un concert atypique réunissant deux univers musicaux différents, avec des effets inattendus, mais le mariage est heureux.

Que se passe-t-il quand , un grand nom de l’accordéon, héritier d’ qui était son mentor, et , un violoncelliste classique au talent incontestable, donne un concert commun avec un orchestre de chambre ? Ce concert offre une réponse qui se résume en un éclectisme musical de qualité.

Pour la transcription du Concerto pour hautbois et violon de Bach, l’oreille doit s’habituer à la sonorisation de la salle et au décalage dans la façon dont leurs sonorités se transmettent dans l’espace. Si le son de l’accordéon parvient de manière immédiate et directe, celui du violoncelle passe à travers l’air et la résonnance est « irradiée » et plus lente. La sonorisation renforce ce caractère (Nous affirmons au passage que pour les spectacles présentés au Châtelet, y compris les comédies musicales, la sonorisation n’est pas nécessaire compte tenu de la taille du théâtre). De ce fait, l’accordéon est beaucoup plus audible, jusqu’à couvrir totalement le violoncelle par endroits. Si la transcription suit l’esprit du temps de Bach (adaptation selon les instruments disponibles), elle serait plus adaptée à une plus petite salle.

En revanche, les deux pièces suivantes, Le Grand Tango de Piazzolla et Opale Concerto de Galliano mettent pleinement en valeur chaque instrument soliste, tant pour la virtuosité que pour le lyrisme. Pour le Grand Tango – composé initialement pour violoncelle et piano sur la commande de Rostropovitch – , très engagé, nous fait goûter la splendeur de cette musique de danse sensuelle, avec un brin de violence épurée. L’Opale Concerto est un jeu d’accents avec des mouvements à 5, 7, 3 temps puis 4 temps lents et rapides, explorant la spécificité de l’accordéon fonctionnant grâce à l’air soufflé, avec le célèbre New-York Tango en troisième mouvement.

Après l’entracte, l’orchestre de chambre de Wallonie exécute la Symphonie de Boccherini avec une énergie débordante, sous la direction de qui se montre aussi talentueux que sur le clavier. Pour terminer la soirée, la création de Galliano, intitulée Contrastes. Le composition se déroule en 7 mouvements à la manière d’une suite (Milonga, Valse, Pavane, Fugue/Tango-Forro et autres mouvements), pour les deux premiers mouvements avec le bandonéon. La Valse recueille un franc succès pour sa mélodie rapide et légère dans le style de musette montmartroise, ainsi que Fugue/Tango suivie du Forro en apothéose et en hommage à Piazzolla. Le dialogue entre l’accordéon et le violoncelle dans ces deux dernières pièces est particulièrement attirant et équilibré, ce qui transforme totalement l’impression ressentie pour Bach au début, en terminant ainsi dans une belle harmonie.

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