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Abbado et Argerich, l’échange au plus haut niveau

Magnifique hommage au regretté que ce splendide coffret réunissant tous les concertos qu’il a gravés avec la grande

Leur collaboration débutait en 1967 par un formidable couplage Ravel-Prokofiev ; les doigts d’acier de la pianiste restituaient au concerto du Russe autant de férocité que de poésie et les Berlinois subjugués par Abbado lui offraient un écrin aussi puissant que lyrique. Quant au Concerto en sol c’était un modèle de swing mais aussi d’émotion dans l’Adagio. Les deux artistes devaient retrouver Berlin en 1994 pour un concerto de Tchaikovsky renversant non pas tant pour sa virtuosité infaillible que pour l’infinie délicatesse de ses phrasés (le début du mouvement lent est un véritable enchantement).

En 1968, le couplage Chopin-Liszt allait de nouveau être marqué d’une pierre blanche, Abbado réussissant l’exploit de donner une vraie profondeur à la partie orchestrale de Chopin si souvent laissée au second plan. A nouveau, la griserie de la virtuosité soulève l’auditeur de son siège et le London Symphony suit avec un engagement de tous les instants. Seul le remake londonien du concerto de Ravel ne semble pas détrôner la gravure berlinoise antérieure.

Par la suite, les deux grands artistes allaient se retrouver pour quelques concerts gravés en direct, les N°2 et N°3 de Beethoven allégés et vif-argent à Ferrare et deux concertos de Mozart à Lucerne. On salue certes avec émotion ces ultimes gravures épurées de mars 2013 tout en reconnaissant une nouvelle fois que Mozart n’était pas vraiment le compositeur le plus proche d’Abbado. Qu’importe si la perfection de ces deux concertos  peut sembler un peu froide, elle ne dépare nullement un coffret qui se situe au plus haut niveau d’exigence artistique.