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Nouvelle version du Rossignol éperdu de R. Hahn par Billy Eidi

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Reynaldo Hahn (1874-1947) : Le Rossignol éperdu. Billy Eidi, piano. 2 CD Timpani 2C2229. Code barres : 3377892322297. Enregistré à Vincennes, Cœur de Ville, en juillet 2014. Notice bilingue (français-anglais) de Guy Sacre, excellente de clairvoyance. Durée : 2:11’18

 

81pKDuvC6pL__SL1429_, c’est encore et toujours Ciboulette et quelques mélodies. Le reste de la production semble toujours ne concerner que quelques spécialistes de la Belle Époque. Et pourtant, le très long cycle de poèmes pour piano Le rossignol éperdu mérite bien davantage que l’ignorance quasi complète dont il fait preuve.

Il faut rappeler que la première intégrale date de 2001, et que c’est le pianiste américain qui l’a réalisé à 85 ans pour un label lui aussi américain, chez Ivory Classics. En juillet 2014, riche année pour le cycle : en plus d’une nouvelle intégrale publiée chez Passavant par Bernard Paul Reynier, que nous n’avons pu écouter, se penche à son tour sur l’œuvre !

Ensemble de 53 pièces composées entre 1899 et 1911, donc durant la jeunesse de l’auteur, les plus de deux heures de musique qui nous attendent invitent à une succession d’impressions, de tableaux, de réflexions issus de ses nombreux voyages. Quatre suites structurent Le Rossignol éperdu : une Première Suite de 30 pièces, Orient pour 6 évocations bien dans l’air du temps, Carnet de voyage pour 9 morceaux et enfin un Versailles conclusif en 8 parties. La plupart des morceaux sont très courts et ont été inspirés de poésies de grands auteurs français. Les titres évocateurs sonnent parfois très Belle Époque (« Douloureuse rêverie dans un bois de sapins », « L’Arôme suprême », « Les Héliotropes du Clos-André », « Les chênes enlacés », « Rêverie nocturne sur le Bosphore », « Faunesse dansante », « La jeunesse et l’été ornent de fleurs le tombeau de Pergolèse ») subdivisent le recueil en autant d’impressions diverses dans un style lui aussi très 1900, d’une richesse d’écriture certaine aux tonalités surchargées de dièses et de bémols. Chaque série a sa propre couleur, la plus riche, la plus longue et la plus personnelle en première partie, la seconde sacrifie à la mode de l’orientalisme sans toutefois sombrer dans le pastiche carton-pâte, les troisième et quatrième parties relèvent davantage quant à elles d’une écriture plus traditionnelle, plus simple voire plus datée. Mais les sujets développés faisant référence à une période plus éloignée (la Renaissance et le classicisme), on ne peut qu’admirer l’art subtil que y met en place, le regard en forme d’hommage au style ancien. De nombreux numéros seraient à mettre en avant comme de véritables chefs-d’œuvre d’une densité extraordinaire.

On ne saurait alors trop encourager les auditeurs à suivre les partitions de ces petits bijoux d’intentions musicales car elles fourmillent de références littéraires et de clés interprétatives. Le jeu de complétera parfaitement celui de dans le sens que les propos développés par les deux artistes semblent assez éloignés les uns des autres. Autant l’Américain n’hésite pas à forcer le texte musical en en soulignant chaque contour, en poussant les moindres intentions de Hahn à leur extrémité, autant Billy Eidi reste davantage mesuré et strict sur l’ensemble de sa prestation. Autant dire que rien n’intimide l’extraordinaire virtuose qui sait nous transmettre de fortes émotions, alors que Billy Eidi aura une approche stricto sensu de la partition qui ne saura nous surprendre. Sur plus de deux heures d’écoute, il s’en dégagera une certaine lassitude qui ne transparaîtra jamais avec Earl Wild.

Les deux artistes ont dédié leur enregistrement respectivement à la famille de Polignac, protectrice de Hahn comme de Wild et au petit-neveu du compositeur, qui a incité Billy Eidi à enregistrer cette œuvre. Nous adorons particulièrement ce recueil qui, malgré les écarts qui les opposent au niveau interprétatif, trouve pour l’heure de quoi satisfaire amplement notre curiosité grâce à l’engagement artistique des pianistes qui ont osé l’enregistrer.

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