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Pumeza, la voix de l’espoir

La jeune chanteuse sud-africaine Pumeza possède une voix du bon dieu. Saura-t-elle pour autant trouver sa place dans l’univers lyrique ? On l’espère.

Fait de bric et de broc, d’une durée inhabituelle pour un CD, cet enregistrement servira de carte de visite à une jeune chanteuse issue des ghettos du Cap-Oriental d’Afrique du Sud et formée ensuite dans les meilleures institutions de son pays, avant d’aller se perfectionner au Royaume-Uni. En cela, certes, ce produit pourra constituer un message d’espoir pour tous ceux qui considèrent que la musique et la culture sont pour l’homme des facteurs permettant d’accéder à un stade et à une vie meilleurs. Née dans un univers marqué par le crime et la violence, (dite « Pumeza ») montre par son parcours exemplaire que nous vivons dans un monde où tout est possible, et nous ne pouvons évidemment que nous en réjouir. Le disque en est-il pour autant intéressant pour sa valeur intrinsèque ?

Passons sur les chants traditionnels sud-africains, dont nous aurions espéré une belle découverte. Sans doute les codes nous manquent-ils pour apprécier ces rythmes nouveaux et ces sonorités parfois exotiques, et dans les chansons interprétées en anglais – « The naughty little flea », « The Click Song » – les talents de diseuse de Pumeza ne s’imposent pas particulièrement. On s’ennuierait presque. Les quatre extraits d’opéra présentent peut-être davantage d’intérêt, dans la mesure en tout cas où ils permettent de découvrir un somptueux instrument, rond et charnu, délicieusement vibré et richement timbré. Une voix « noire » à la Leontyne Price ou à la Grace Bumbry, qui semble en effet destiner la jeune artiste à de formidables prises de rôle. Si, pour le moment, Pumeza compte déjà Mimi à son actif, c’est dans Tosca ou Aïda qu’on rêverait d’entendre un tel instrument. Cela dit les extraits retenus, d’une tessiture relativement centrale, ne permettent pas de se faire une idée très précise de la longueur exacte de la voix et encore moins de la capacité de la cantatrice à vocaliser. On suppose que le « Batti, batti » de Zerlina mettrait la jeune chanteuse en difficulté – mais « Vedrai carino » lui vient naturellement – ou que les ut du Nil lui seraient problématiques. En tout cas, la beauté des portamenti des airs de Puccini justifie pleinement le sous-titre de ce disque, « La voix de l’espoir ».

L’avenir nous dira si Decca a eu raison de miser sur cette artiste prometteuse, apparemment adoubée par Rolando Villazon lors d’une récente tournée de concerts. En attendant, on espère vivement retrouver bientôt Pumeza avec un vrai chef, un vrai orchestre, et surtout un vrai programme.