ResMusica - Musique classique et danse
- ResMusica - https://www.resmusica.com -

Levine et Vienne irradient Mozart

Deutsche Grammophon réédite la lecture des symphonies de Mozart par : une référence !

Confier une intégrale des symphonies de Mozart au chef d’orchestre américain peut a priori paraître une démarche étonnante, mais si l’on sait qu’il dirige ici l’, et que est précisément le choix de l’illustre phalange viennoise, la Deutsche Grammophon devait avoir de sérieuses raisons, devant lesquelles on ne peut que s’incliner.

Et le résultat, d’un bout à l’autre, est remarquable. Certains pourront évidemment ergoter infiniment sur la quasi-absence des « techniques baroqueuses », mais celles-ci ne doivent en aucun cas s’ériger en dogme, et après tout, la période classique n’est pas la période baroque : d’immenses chefs comme Karl Böhm, Josef Krips, Bruno Walter, ou plus proche, Neville Marriner ne connaissaient pas ces techniques ou n’ont jamais ressenti la nécessité de les utiliser pour nous offrir des interprétations suprêmes et indémodables.
Et c’est bien le sentiment éprouvé à l’audition de ces chefs-d’œuvre dans cette interprétation américano-viennoise d’une rare homogénéité, depuis la Symphonie n°1 en mi bémol majeur K. 16 jusqu’à la Symphonie n°41 en do majeur « Jupiter » K. 551, en passant par la Symphonie n°33 en si bémol majeur K. 319, dans lesquelles retentit à plusieurs reprises la fameuse cellule de quatre notes qui sera l’apothéose de la Symphonie « Jupiter ». Et rarement également des exécutions mozartiennes nous ont paru si naturelles, si évidentes, si transparentes (la disposition gauche-droite des deux groupes de violons y contribue bien évidemment), subtiles et d’une sensibilité à fleur de peau.

James Levine utilise dès les premières symphonies un orchestre aux effectifs réduits, mais qui augmentent progressivement jusqu’à la Symphonie n°35 en ré majeur « Haffner » K. 385 dont l’orchestration est l’une des plus fournie de tout le corpus mozartien. Les interprétations ne sont jamais banales et toujours passionnantes, et le fait que toutes les reprises sans exception soient effectuées (même dans la plupart des da capo des menuets) sans la moindre fatigue auditive est un sérieux gage de qualité.
Le nombre de symphonies enregistrées fera toujours débat : sans envisager l’édition « à l’ancienne » absolument exhaustive du regretté Christopher Hogwood (1941-2014), la publication Deutsche Grammophon précédente dirigée par Karl Böhm (1894-1981) en contenait 46 ; celle de James Levine n’en comporte que 40, car il se limite à celles dont l’authenticité est absolument indiscutable et de la main de Wolfgang Amadeus : par exemple, des deux Symphonies en sol majeur « Lambach », Levine n’a enregistré que celle de Mozart fils (« Neue Lambacher »), l’autre étant de Leopold Mozart (« Alte Lambacher »), selon l’attribution en cours actuellement.

Telle quelle, cette intégrale mozartienne de James Levine fera le bonheur de ceux qui ne recherchent pas à tout prix l’ultime note de musique, mais bien la musicalité raffinée et frémissante qui est celle de l’excellent chef d’orchestre américain. À bien des égards, il nous rappelle Bruno Walter, et c’est le plus bel éloge que l’on puisse lui faire.