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Lorin Maazel, les jeunes années d’un prodige

Les éditeurs rivalisent d’hommages à ; cette fois c’est DG qui réunit en un coffret magnifique (mais bien inutilement volumineux) ses premières gravures commencées en 1957.

Elles ont été essentiellement réalisées avec la Philharmonie de Berlin, alors dans une période de transition entre le style romantique et inspiré de Furtwängler et la perfection hyper virtuose de Karajan. C’est un bonheur de (re) découvrir le jeune Maazel s’adaptant magnifiquement à l’orchestre, lui imposant une conduite des cordes proche de la perfection, ce qui nous rappelle qu’il était lui-même un excellent violoniste, sans tomber dans le narcissisme qu’on lui reprochera plus tard. Le répertoire est aussi moins tape à l’œil que dans le coffret qui retrace son règne à Cleveland ; deux symphonies de Beethoven superbement galbées, des Schubert à redécouvrir pour leur lyrisme spontané, des Mendelssohn eux aussi puissamment équilibrés, mais déjà également les orchestrations brillantes des grands slaves (Rimsky, Tchaikovsky, Prokofiev) qui seront toujours les péchés mignons de Maazel pour leur orchestre virtuose et un peu clinquant. On placera à leurs côtés les extraits symphoniques (hélas seuls) de Roméo et Juliette de Berlioz comme Les pins de Rome de Respighi. A chaque fois, la couleur assez sombre des berlinois comme la splendeur des solos tempère le caractère spontanément démonstratif du jeune prodige.

Deux compléments font intervenir l’orchestre radio symphonique de Berlin, des Falla à la pointe sèche et une très belle symphonie de Franck, tandis qu’à notre orchestre national reviennent outre trois symphonies de Mozart plus qu’honorables les deux opéras de Ravel, inégalés depuis lors par leur esprit, leur perfection formelle et …le français impeccable des protagonistes. On regrettera d’autant plus que Pierre et le loup lui aussi parisien nous soit infligé en anglais mais on se réjouit d’entendre la voix du maestro décortiquer les variations de Britten (en anglais au premier plan, tandis qu’il répète en français derrière…). Aucun concerto ni répertoire post-romantique germanique alors que Maazel est devenu plus tardivement un grand interprète de Bruckner, Strauss et (quoique très discuté) Mahler ne figure dans ce coffret. Enfin signalons que les CD reprennent les couplages initiaux (d’où leur brièveté), que les pochettes d’origines sont élégamment reproduites et que le texte de présentation de Tully Potter est un modèle du genre.

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