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Le Swiss Piano face à Beethoven

Premier volet attachant d’une plongée envoûtante et poétique dans l’univers des trios avec piano du grand Beethoven par de brillants musiciens suisses.

Le regretté André Boucourechliev ne s’y trompait pas lorsqu’il écrivait dans son Beethoven de 1963 pour la célèbre collection « Solfèges » : « Les Trios op. 1 montrent davantage une connaissance approfondie de l’écriture de Haydn, la mise à profit d’une technique, qu’une imitation. » Dès cet opus précoce datant de 1793 (il n’a que 23 ans), il apparaît plus qu’évident que transforme génialement toute musique abordée. Il en sera de même jusqu’à ses ultimes et visionnaires productions, fruits d’un caractère puissant, d’une vision inimaginable et souvent incompréhensible pour son temps et d’une volonté profondément têtue et irréductible. Ce Trio en mi bémol majeur signe le début de la prise de distance d’avec la période classique déjà parfaitement intégrée, dépassée et bientôt mise à mal. Les interprètes savent exprimer cet art avec la finesse et la limpidité requises. A l’autre bout de la série trône le Trio n° 7 en si bémol majeur, le justement célèbre « Trio à l’Archiduc », dont l’élaboration se localise au cours du mois de mars 1811, placé entre Egmont et le Quatuor op. 85. Proposé en création le 11 avril 1814 avec Beethoven au piano dans le cadre d’un concert de bienfaisance, il clôt avec brio et inventivité un riche passé créateur tout en ouvrant la période tardive du Maître de Bonn, c’est-à-dire ici un créateur déjà romantique aux approches quasi symphoniques affirmées.

Le , formation de premier plan dont les débuts remontent à 1998 mérite encore une fois les éloges qu’on lui adresse généralement dans ces deux lectures, portées en grande partie par un enthousiasme sémillant et une spontanéité communicative, même si dans une modeste mesure aux dépens du respect rigoureux du texte. L’écoute donne l’impression de la relative liberté qu’autoriserait une exécution publique non destinée à l’enregistrement. Etourdi mais aucunement déstabilisé par cette sincérité affranchie le parvient à convaincre et à entraîner les plus puristes dans son sillage décomplexé certes mais jamais galvaudé ni bradé.

Sans doute une occasion à saisir d’amener les novices à découvrir et se complaire dans l’univers beethovénien intemporel. On attend avec impatience le second volume.

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