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Voyage Beethoven pour Leif Ove Andsnes et le Mahler Chamber Orchestra

Le « Voyage Beethoven (Beethoven Journey) » au cœur des cinq Concertos, que le pianiste norvégien avait entamé il y a quatre ans avec , touche à son terme au cours de la saison 2014-15.

Quatre ans de collaboration et cinq fruits bien mûrs qui offrent une saveur divinement exquise ; voilà l’impression que nous avons eue, profondément, après ces deux soirées intenses. Nous avons été témoins d’une exécution au degré d’achèvement exceptionnel, une exécution somptueuse et méticuleuse, rigoureuse et libre, extrêmement transparente – tant pour l’orchestre (on entendait parfois même chaque corde de violon et de violoncelle) que pour le piano. Le caractère aéré de leur jeu n’empêche cependant aucunement la densité propre à la musique de Beethoven ; au contraire, cela rend la structure de chaque composition fabuleusement intelligible. Le tempo est toujours bien choisi, généralement assez modéré pour les mouvements rapides et très ample pour les mouvements lents. Dans le dernier mouvement du 2e Concerto (17 février), on dénote une corrélation intéressante entre l’indication du tempo et le tempo lui-même : l’indication « Molto Allegro » est prise au sens premier du terme, à savoir « bien allégrement », et non pas à celui qu’on entend communément : « très rapidement ». Ainsi, la musique revêt soudain un tempérament joyeux, vif, chantant, gracieux, avec une légèreté prodigieuse – conformément au style encore mozartien de cette pièce – sans évoquer, à aucun moment, quoi que ce soit de rugueux.

Toujours au cours de la soirée du 17 février, entre les 2e et 3e Concertos, le changement de style est radical. Si la composition du Concerto en si bémol majeur est commencé en hiver 1794 (avant le 2e, qui date de 1795), celui en ut mineur appartient à la période « héroïque » du compositeur (contemporain de la Symphonie n° 3, 1803) où s’opère une formidable évolution stylistique. Dans l’interprétation de Andsnes, cette évolution est exprimée de façon évidemment lisible ; du Troisième dégage une détermination, quelque chose de profondément résolu, avec une incroyable densité de la texture dans le traitement sonore toujours aéré.

Pour la deuxième soirée, le 19 février, nous attendions à ce qu’il y ait autant de différences stylistiques dans les 1er et  5e Concertos. Mais le pianiste et chef a joué la carte de dynamisme pour ces deux œuvres, en donnant beaucoup d’énergie et d’allure au n° 1 comme pour préparer ou prévoir le n° 5, et en insistant avec acuité sur certains temps faibles. Dans « L’Empereur », le tempo est toujours assez retenu et la mesure scrupuleusement gardée, mais cela n’est absolument pas métronomique, les oscillations de tempo étant si subtiles et naturelles que l’on ne le remarque même pas. À la fin du premier mouvement, il laisse le dernier accord résonner à l’aide de la pédale forte au-delà de l’orchestre, créant un effet étrangement magique.

Après chaque soirée, Andsnes joue quelques Bagatelles et à la toute fin, l’orchestre interprète avec grâce deux Danses Allemandes (extraits de WoO 13 ?) où le pianiste devient percussionniste, faisant sonner les cymbalettes d’un tambour, avec grande virtuosité !

Photo : et au Festival de Lucerne © DR