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L’Enfant entre rêves et sortilèges

Spectacle à tiroirs et à ressorts, cet Enfant peut se lire aussi bien d’un regard innocent ou averti.

Il faut saluer l’initiative de l’Opéra national de Montpellier de s’adresser à ses « juniors » pour développer chez eux la sensibilité qui leur fera fréquenter plus tard les salles lyriques. La manifestation Opéra junior a pour but de faire participer activement les jeunes à certains spectacles produits par la maison. Nul besoin pour cela de revoir à la baisse les ambitions, ce que prouve cet excellent Enfant et les Sortilèges – donné devant un public scolaire à l’énergie débordante et indisciplinée. Peu importe au fond les incartades au cérémonial silence de salle, on est si peu sérieux quand on n’a pas (encore) dix-sept ans.

Le travail de ne donne pas vraiment dans la facilité et les conventions. Le parti pris consistant à fuir la naïveté kitschissime d’une fidélité aux personnages, explore une dimension psychanalytique de l’Enfant et les Sortilèges. On feuillette un livre d’images totalement inédites, très loin des costumes que l’on peut voir dans certaines mises en scène. L’imagination nous emmène au-delà du signifiant, dans ces scènes qui ne retiennent de la narration qu’une enveloppe « idéalisée » aux frontières de l’abstraction mais finalement plus intéressante que les poncifs drolatiques et art nouveau.

Spectacle à tiroirs et à ressorts, cet Enfant peut se lire aussi bien d’un regard innocent ou averti. Les lacaniens adages (« Mais chante enfant »…) ponctuent le déroulement de l’action, à mi chemin entre orthographe défaillante et clin d’œil réflexif. D’un geste liminaire consistant à casser une boule suspendue, en tire une déclinaison infinie, construite autour de la subversion comme découverte et affirmation de la personnalité. C’est fin et parfaitement intégré au flux d’images et de situations, comme pour mieux contourner l’obstacle de la série-séquence, aux transitions toujours délicates. Les lumières de Geoffroy Duval et les décors de Giacomo Strada maintiennent l’intérêt au plus haut, sans jamais faire retomber le suspens.

Tout l’enjeu d’Opéra Junior consiste à mêler chanteurs professionnels et débutants. À ce titre, la solide présence d’ (L’Horloge) et (Le Feu et le Rossignol) ne ternissent en rien les prestations des jeunes chanteurs issus des établissements scolaires de la région. On ne tiendra pas rigueur à de sauter une ou deux phrases dans son entrée en scène, la salle buisse encore des rires adolescents et des spectateurs retardataires… La suite révèle une autorité et une présence qui fait oublier la discrète amplification de la voix. Belle surprise également pour la Rainette décalée et la Théière pince sans rire de . Le couple et miaulent à la perfection tandis qu’ fait s’écrouler la salle de rire dans sa leçon d’arithmétique.

Le Chœur de l’Opéra de Montpellier est un écrin parfait pour les jeunes membres du Chœur du Jeune Opéra, tout ce beau monde est dirigé de bien belle manière par un toujours soucieux d’impulser de la présence et du caractère à une œuvre fourmillant de chausse- trappes et de trompe l’œil.

Crédits photographiques : © Marc Ginot

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