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Khatia Buniatishvili séduit dans Rachmaninov

Nouveau succès au Festival de Pâques pour sous la direction de à la tête de son orchestre turinois. 

C’était l’affluence des grands soirs au Grand Théâtre de Provence samedi soir dernier. Tous se pressaient pour entendre dans le 2e concerto pour piano de Rachmaninov. Le public aixois est, il est vrai, devenu un habitué de son jeu flamboyant. Allait- il être séduit et touché dans une œuvre aussi jouée ?

Avec la fraîcheur expressive qui la caractérise, ce fut une brillante démonstration de la part de la Géorgienne, ceci malgré quelques imperfections de mise en place avec l’orchestre. Au delà de toute considération technique, il y a eu un supplément d’âme qui ajoute encore et toujours de la beauté et du mystère à l’interprétation d’une œuvre dont on ne cesse d’en redécouvrir sa profondeur. Guidé par une direction très bondissante de Noseda, l’orchestre italien ne démérite pas malgré une sonorité un peu sèche côté violons. La problématique pour lui était de pouvoir se hisser au niveau de sa soliste et que tous parviennent à s’apprivoiser. On regrette le choix d’un tempo un peu lent du phrasé initial mais cela fut corrigé par la soliste elle- même. Dans les deuxième et troisième mouvements, celle- ci faillit distancer ses partenaires suite à des accélérations et une fulgurance libre dans les traits. Après une poétique étreinte côté clavier dans l’Adagio, l’Allegro final résonne sans fioritures dans un romantisme exalté. Khatia Buniatishvili offre un bis : un arrangement du Menuet en sol mineur HWV 434/4 de Haendel. Les secondes de silence juste après la dernière mesure en diront long sur le caractère bouleversant de ces pages.

Après l’entracte, Shéhérazade de Rimski-Korsakov nous laisse un peu sur notre faim. L’engagement très physique du chef ne trouve pas l’effet escompté. Les quatre mouvements sont inspirés du conte des Mille et Une Nuits, dont La mer et le vaisseau de Simbad où la voix de conteuse de Schéhérazade est incarnée par une harpe. Puis, annoncé par le hautbois, le basson et les cordes, le récit du prince Kalender est relayé par un thème plus martial appuyé par les cuivres. Dans cette alternance de timbres individualisés et d’effets symphoniques, les bois sont plus à l’aise que les cordes qui manquent d’une véritable « pâte » pour délivrer avec raffinement ce kaléidoscope d’images orientales.

Crédit photographique : © Caroline Doutre

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