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Le Presbytère de Béjart à Paris: tout sauf prude

La troupe du a repris le spectacle de , Le Presbytère créé en 1996.

Qu’en retenir de nos jours? Le ballet est en lui même assez ancré en son temps, et devait peut être même être déjà daté pour le milieu des années 1990. Sous le couvert d’une certaine émotion, comme celle de montrer dansant de façon éperdue (et là, une certaine esthétique de la danse marquante dans son temps), le propos est assez vite noyé dans un agglomérat entre le danseur phare de Béjart, le chanteur de Queen, le SIDA, la confrontation avec la mort. C’est parfois assez facile d’attirer l’émotion sur des propos où le souvenir douloureux de la perte d’un être cher submerge, et entre morceaux de musique classique (Mozart y est fortement présent) et live de Freddy Mercury, on s’y perd un peu dans des pièces dont la cohérence narrative ou même la progression dramaturgique (s’il n’y a pas de narration à proprement parler) se dilue dans un propos qui s’essouffle très rapidement. Il y a là des clichés plus ou moins (volontairement?) choquants et à vouloir trop sexualiser l’ensemble (des justaucorps courts et transparents, une virilité tous poils dehors, une utilisation de costumes sciemment criards et très connotés), le geste dansé se perd derrière ces effets un rien attendus (sauf si l’on s’attendait à une vie de prêtre en évoquant celle de Freddy Mercury). Appeler la mémoire des morts, responsabiliser les consciences des maladies (qui sont par définition un état pouvant amener la mort) ou évoquer un artiste majeur de la musique de la seconde moitié du XIXème siècle auraient pu passer par d’autres ingrédients que celui de l’évidence et voire même d’une certaine vulgarité.

C’est d’autant plus regrettable que la troupe est composée de danseurs extrêmement doués, enchaînant les pirouettes, les sauts en l’air avec l’utilisation de chacune des qualités propres à chacun des danseurs (untel montrera son dehors, l’autre son hyperlaxité, etc.). La grande jeunesse de la troupe montre un certain engagement mais semble être en quelque sorte en désaccord avec un répertoire qui fonctionne sur un nom, et pas sur la qualité d’une pièce chorégraphique en perte de vitesse, déconnectée d’une certaine contemporanéité (rendre hommage à -loin d’être un danseur connu du grand public actuel- en clown crucifié fait un peu sourire) et qui se tourne pas non plus vers une abstraction plus intemporelle.

Crédit photographique: © Ilia Chkolnik-Amsterdam

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