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Un lyrisme postromantique du compositeur letton Peteris Vasks

L’une des meilleures formations de musique de chambre de nos jours, le est de retour à Paris avec la création française du Quatuor n° 5 de .

Si le prestige du pour le grand répertoire est incontestable, ses musiciens sont actifs et excellents pour les œuvres contemporaines également, comme ils l’ont montré au cours de ce concert. La première pièce de la soirée, le Quatuor n°14 de Mozart, est remplie, sous leurs archets, de force dramaturgique. Après avoir joué le premier mouvement avec entrain, ils insistent dans le « Menuet » sur un jeu forte-piano, puis, arrivé au Trio, ils nous secouent soudain avec une théâtralité dense, voire opératique. Le caractère vocal se retrouve dans l’« Andante cantabile » avec un très beau souffle, et enfin, dans le finale, revient une épaisseur musicale. Les contrastes dynamiques font irrésistiblement penser à Beethoven, en sorte que tout d’un coup, la filiation entre les deux compositeurs devient plus qu’évidente.

Vient ensuite le Quatuor n°5 de (2003-2004) composé de deux parties : le mouvement rapide « Being present », une sorte de variations sur la passion émotionnelle, exprimées par des rythmes différents ; et le mouvement lent « so distant… yet near », en mineur, où traversent plusieurs expressions contemplatives, avec une reprise du thème initial après un court passage en majeur. Le compositeur a d’abord été influencé par Lutoskawski, Penderecki et Crumbe, ainsi que par la musique sérielle et aléatoire, mais écrit des œuvres de plus en plus tonales, comme ce Quatuor n°5 qui l’est entièrement. Il est étonnant de voir qu’au début du XXIe siècle, on puisse encore composer une pièce dans une pure tradition musicale occidentale cadrée par l’harmonie fonctionnelle et parfaitement mesurée, sans recourir ni aux sons ni aux intervalles qui sortent de ce cadre. La technique du jeu reste elle aussi tout à fait « classique ». On peut alors dire que cette pièce, comme certaines d’autres de Vasks, change fortement notre conception de la « musique contemporaine ».

Après l’entracte, les Artemis exécutent le Quatuor n°13 de Dvořák avec une grande vivacité, mais aussi le mouvement lent de façon nostalgique à souhait. A la fin, les quatre musiciens se tournent complètement vers la salle pour un meilleur rendu sonore mais aussi pour provoquer chez les auditeurs une montée émotionnelle, qu’ils ne faillent pas à réussir, d’autant qu’ils jouent en bis le dernier mouvement de l’« Américain » du même compositeur pour exalter encore l’esprit de l’assemblée.

Crédits photographiques © Molina Visuals

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