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Les Bidochon au concert à Chambéry

Bartok, Bach, Binet, Mozart, Britten…Cherchez l’intrus !

Binet, le géniteur des Bidochon (les célébrissimes héros de BD au patronyme devenu nom commun ou adjectif) est dessinateur mais pas que. Les hasards de la vie ont fait se rencontrer deux désirs : celui du compositeur Binet, de voir sa musique jouée, et celui du chef Chalvin, de clôturer mémorablement l’anniversaire des 30 ans de son .

Mémorable, la soirée l’aura été. A l’ouverture du rideau de l’Espace Malraux de Chambéry, l’Orchestre apparaît sous un écran géant. Un dessin de Binet nous informe de la présence dans la salle de Raymonde et mais aussi de la panique qui les saisit lorsqu’il se rendent compte que par une erreur de Madame (forcément) ils ne vont pas assister au Concert d’Annie Cordy prévu ! Le ton est donné, devant une salle quasi-comble, d’un concert entre hilarité et concentration. Monsieur et Madame y vont à chaque fois d’un commentaire éclairé: « C’est curieux d’avoir pris une seule flûte pour accompagner tout un orchestre ; moi, j’aurais fait l’inverse » après les extraits de la Suite n°2 de Bach, ou encore, assez judicieusement, au sujet des deux extraits de la Symphonie n°29 de Mozart : « Ils la jouent pas en entier : on leur a peut-être retiré des subventions ? » Tout juste regrettera-t’on, 2h30 plus tard, qu’en sus de l’apothéose neigeuse tombée des cintres, on ne retrouve pas nos héros avec un dessin conclusif.

Mais on aura goûté tout particulièrement leur conjoint : « Aaaaaaaaaaah on va enfin rigoler ! » lorsque l’écran (qui annonce aussi titres et auteurs) affiche : « Binet. Prélude en si b mineur. » De fait la composition d’environ 3 minutes du compositeur infiltré affiche une prenante mélancolie entre Barber et Corelli. D’une délicate transparence d’écriture, d’une simplicité mélodique sans mièvrerie, sa modestie discursive (3 minutes, pas plus comme si elle ne faisait que passer sans vouloir déranger) fait mouche sur le gâteau d’anniversaire d’un orchestre à son meilleur : les tempi parfaits à même de ciseler le merveilleux allegro moderato de la 29ème de Mozart, les somptueux pizzicati des cordes graves dans une exemplaire Simple Symphony de Britten.

On connaît bien la capacité de à s’entourer de solistes remarquables: cette fois la flûte virtuose de , la délicatesse extrême de violon magnifique de malgré une osmose difficile à atteindre ce soir dans le diabolique BWV 1041.

Mais, si nous louons sans réserve l’interprétation racée du Concerto Jeunehomme par , nous tairons charitablement, pour cause de capital de sympathie, la prestation de engagé pour la même oeuvre, après que, sur le deuxième mouvement, il eut tenté de l’interpréter à sa façon : en ne jouant d’abord que les do de la partition (tentant de rassurer la légitime inquiétude de Chalvin en lui disant qu’il allait ensuite « passer aux ré »!), au prétexte hilarant que le divin Amadeus a mis « les notes dans le désordre » ! Binet compositeur, oui. Pianiste, c’est à voir!

En apéritif d’une soirée que l’on quitte à regret, aura tenu à montrer le travail pédagogique fourni par son orchestre auprès des amateurs savoyards de tous âges en dirigeant lui-même l’impressionnante cohésion d’un Orchestre symphonique amateur de 60 exécutants au cours d’un mini-concert consacré à la musique de film.

La Savoie peut légitimement s’enorgueillir de soutenir une phalange qui, en sus de la plénitude sonore qu’elle a atteinte, s’adresse à toutes les couches de sa population et prouve même aux vieilles barbes que le rire ne nuit pas au professionnalisme. On chuchote que même Raymonde et Robert n’ont pas regretté Annie Cordy…Chapeau bas!

Crédit photographique : S. Barral-Baron