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Bernard Haitink et le LSO à Paris

Pour son retour à Paris à la tête du , avait choisi un programme simple et classique, pour une exécution qui, finalement, était peut-être un peu trop musicalement à l’image de son programme.

L’attaque tout en douceur du Concerto pour violon  n°3 de Mozart nous fit craindre le retour du « moderato cantabile » qui avait marqué plusieurs des exécutions concertantes entendues récemment, et si nous y avons partiellement échappé c’était bien plus au violon de la talentueuse que nous le devions, qu’à l’accompagnement orchestral, bien trop sage à nos oreilles. Pourtant la violoniste ne nous sembla pas immédiatement à l’aise, avec hésitations ou fautes de justesses qui, une fois échauffée, heureusement disparurent et laissèrent la place à un jeu plein et dynamique qui resta constamment vivant jusqu’à la fin avec de beaux passages Allegro et un Adagio impeccable de tenue, au médium émouvant qui sut projeter son joli son dans toute la salle sans s’étioler. On regretta un peu que l’orchestre ne fut pas plus expressif dans cet Adagio où il se contenta d’être sobre et mezza vocce, mais on regretta plus encore qu’il ne change pas vraiment son fusil d’épaule pour le Rondo final, ne donnant aucun éclairage particulier à chacun des épisodes de cette ronde qui fut, côté orchestre, trop plate et pas au niveau de la prestation d’ qui aurait mérité un peu plus d’élan et d’enthousiasme.

Toute proportion gardée la Symphonie n°1 de Mahler tomba un peu dans le même travers même s’il se manifesta différemment. Car cette fois l’ambitus dynamique n’était plus frustrant, l’orchestre au complet réjouissait l’oreille par sa puissance réelle autant que contrôlée et sa cohésion sans faille. La mise en place ne souffrait aucune critique, et même aux moments paroxystiques, l’orchestre resta parfaitement sur ses rails. Et dans les passages les plus retenus, en particulier dans le premier mouvement, il réussit à ralentir le tempo à un point qui, sous d’autres baguettes, aurait rompu la phrase musicale. Pour autant, si le continuum était sauf, le suspense et l’inexorabilité de la progression ou des enchainements dans les deux mouvements extrêmes souffrirent d’une direction trop carrée ou métronomique pour totalement nous emporter avec elle. On retrouva ici un des traits classiques de ce grand chef, cette réserve pudique qui retient l’expression sous un contrôle un peu strict, empêchant ce soir de jouir pleinement des moments libératoires plus franchement exubérants qui parsèment le mouvement initial et le fameux Stürmisch, bewegt conclusif dont la progression entre les trois vagues d’assaut successives fut trop statique et ne fit pas vraiment frissonner. Certes on atteint un excellent niveau d’exécution, il lui manquait simplement l’étincelle qui met le feu aux poudres, créant le bouillonnement d’une vie musicale intense et donnant à l’œuvre toute sa dimension. On n’est pas passé loin, mais on n’y était pas quand même.

Crédit photographique : © Todd Rosenberg