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Mon violon m’a sauvé la vie : les musiciens pendant la Grande Guerre

Depuis son ouverture en novembre 2011, le Musée de la Grande Guerre du Pays de Meaux, avec ses expositions temporaires, a pris le parti d’aborder le conflit par ses diagonales. Divers aspects moins directement historiques sont donc tour à tour explorés, et en 2015, c’est la musique qui est à l’honneur.

« Mon violon m’a sauvé la vie » : tels sont les termes qu’emploie , dans l’une des quelque mille cinq cents lettres qu’il a envoyées, du front, à sa mère. De fait, dans une guerre où tant d’anonymes ont péri, son statut de violoniste virtuose l’a indéniablement protégé.
L’exposition retrace, archives familiales à l’appui, comment d’étudiant rebelle, renvoyé du Conservatoire, il devint un musicien d’envergure internationale – un homme de paix, même, puisqu’il créa le concerto de Brahms en France et la Première Sonate de Fauré à Vienne. Puis quelques années plus tard, mobilisé, il fut recruté par le général Mangin, avec quelques autres camarades, pour former un ensemble à cordes dont le jeu distrairait l’état-major.

Au-delà de ces péripéties, l’exposition donne à comprendre que la personnalité de Durosoir, sa personnalité de musicien, s’est trouvée irrévocablement modifiée par la guerre. Sa rencontre avec , la disparition de beaucoup de ses proches camarades, ont bouleversé son univers, et ont remis au jour un rêve enfoui : celui de composer. En un sens, c’est donc la première guerre mondiale qui a fait de Durosoir un compositeur, qui a façonné son langage et son expressivité ; sans la guerre, peut-être serait-il aujourd’hui retombé dans l’oubli.

La figure de a volontairement été placée au centre de l’exposition, sous l’influence des deux commissaires : son fils, Luc Durosoir, et l’épouse de celui-ci. Pour autant, le reste de la vie musicale de l’époque est loin d’être escamoté. Bien des destins de compositeurs sont développés, et au fil des vitrines, le public peut mieux connaître les sœurs Boulanger, Ravel, Reynaldo Hahn, Jean Cras, Webern, Rudi Stephan, Stravinsky, entre beaucoup d’autres.

L’exposition, qui respecte la chronologie historique, est pensée pour redonner vie aux diverses conceptions de la musique en France et en Europe, au début du XXe siècle. L’imagination, pour se nourrir, dispose donc de coupures de journaux, d’affiches, de programmes d’époque, de caricatures (dont un terrible dessin intitulé « Leur nouveau poison – après Wagner, les gaz »).

Si la fresque reste succincte, c’est qu’il s’agit de s’adresser à tous les publics. Ici, la « médiation » bat son plein, mais avec assez de bonheur : les enfants peuvent toucher des instruments, apprendre à agencer les parties d’un violon, et même terminer l’exposition en composant un petit air à leur façon. Quant aux adultes, ils disposent d’une vingtaine d’extraits musicaux, qui donnent au parcours un relief indispensable.

La pièce la plus émouvante de l’exposition ? Celui qu’on appelle le « poilu », sans doute : non pas un soldat, celui-là, mais un émouvant violoncelle de fortune, construit par Maurice Maréchal (un ami de Durosoir) à l’aide du bois d’une caisse de munitions. Cet instrument cabossé, mieux qu’aucun discours, révèle ce que fut la musique des tranchées : une musique parfois fruste, soit, mais une musique indispensable à la survie.

Crédit photographique : Les musiciens du général Mangin (avec le « poilu ») © coll. Musée de la Grande Guerre – Pays de Meaux