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Un Pelléas glacé dans l’été munichois


Une nouvelle production de Pelléas, assez inaboutie musicalement, et dans une mise en scène radicale.

Munich n’avait pas vu Pelléas depuis 2004, où une production importée de Londres avait connu quelques représentations avant de disparaître. Cette fois, c’est une vraie nouvelle production qui est présentée, mais pour quatre dates seulement, dans un théâtre bien plus petit que le Nationaltheater, et sans doute avec un petit nombre de reprises. La mise en scène de Christiane Pohle a été accueillie à la première par des huées nourries, ce qu’on peut comprendre étant donné sa radicalité, sans pour autant partager cette hostilité. Pohle met entièrement à distance le symbolisme matériel un peu désuet de Maeterlinck : dans un décor résolument contemporain, baigné de lumière froide, les personnages ne se rencontrent pas vraiment, tandis que des figurants vont et viennent autour d’eux. L’enjeu du spectacle, ce sont les quelques moments où, au milieu de cette chorégraphie abstraite et désincarnée, les personnages surmontent la distance physique pour se toucher, quand Mélisande, par exemple, entoure tendrement Golaud au moment même où il l’humilie (acte IV, scène 2). Il faut accepter ce parti-pris, et on peut admirer par exemple comment, dans ce cadre formel si abstrait, les personnages restent étrangement vivants. Même la meilleure volonté ne suffit cependant pas à donner du sens à ce très radical concept, qui dans sa froideur et sa distance semble renvoyer à une tendance nouvelle du théâtre allemand – les débuts prochains à l’opéra de Susanne Kennedy en livreront sans doute un autre exemple.

La direction de est exactement l’inverse de cette froideur : souvent rapide, elle joue à plein la carte de la sensualité des timbres, avec des cuivres beaucoup plus présents que d’habitude, au détriment du son fondu qu’on attend souvent de l’orchestre de Pelléas. C’est indéniablement séduisant, et ce serait même très convaincant si cela n’avait pas des conséquences malencontreuses sur les chanteurs. La distribution est certainement fort méritante, entre autres parce que les non-francophones qui la composent parviennent à une diction française idiomatique et fluide, hormis un Yniold complètement dépassé par la partition (faut-il vraiment un enfant dans ce rôle ?) ; cependant, l’effort qu’ils doivent fournir pour suivre les tempos imposés par la fosse se paie au niveau de l’expressivité, de la variété du son, du dessin des personnages. Seule parvient à conserver une certaine intensité dramatique, mais de manière à peu près constante, et à la longue monotone, du début à la fin du rôle ; pour autant, le timbre somptueux et la parfaite musicalité de cette Mélisande expérimentée restent un bel atout musical pour la soirée.

Crédits photographiques : © Wilfried Hösl