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Mercury Living Presence, édition collector conclusive

Un troisième volume de l’édition collector Mercury Living Presence met le point final à la réédition de l’intégralité des CDs que la directrice artistique de Mercury Classics Wilma Cozart Fine (1927-2009) avait confectionnés dans les années 90 à partir des bandes magnétiques originales qu’elle et son mari, l’ingénieur du son de génie Robert Fine (1922-1982), avaient produites une quarantaine d’années auparavant, sauvant ainsi un patrimoine musical inestimable. Pour l’heure, cette réédition d’ensemble est unique dans l’histoire de la musique enregistrée.

Précisons d’emblée qu’il ne s’agit en rien de l’intégralité du catalogue Mercury : il y manque non seulement la plupart des gravures mono, et même celles en stéréo ne sont pas toutes présentes. Universal annonce d’ailleurs la parution prochaine sur label Mercury de l’entièreté des captations de à New York et en France, et peut-être aurons-nous d’autres surprises…

Nous retrouvons évidemment dans cette boîte les deux piliers qui ont fait la réputation et le prestige de la marque : et , avec chacun ici une intégrale de symphonies – respectivement Brahms et Schumann – passées toutes deux relativement inaperçues à l’époque, sans doute qu’on ne voyait pas vraiment les chefs hongrois et français dans ce répertoire devant d’autres pointures de la baguette. Et pourtant c’est une belle et agréable surprise qui nous attend, les deux chefs s’évertuant à clarifier les textures et le contrepoint, Doráti nous offrant notamment une merveilleuse Symphonie n° 3 de Brahms toute de frémissement et de netteté, et Paray nous proposant son cycle Schumann en revenant apparemment aux orchestrations originales, leur conférant une rare vitalité et les dépouillant par la même occasion de toute lourdeur.

Réputé dans le répertoire russe, Doráti se surpasse dans des Rimski-Korsakov éblouissants (Shéhérazade et le Coq d’or ) et termine son cycle des Symphonies de Tchaïkovski (qu’Universal a du point de vue commercial intelligemment réparti en deux coffrets !) avec les n° 1, 2, 3 et 5. Outre un florilège de musique française (dont une rareté de Henry Barraud, l’Offrande à une ombre, à la mémoire de Maurice Jaubert, 1942) qu’il dirige à la perfection, Paray se mesure avec succès, quoique de manière inattendue, à la Symphonie n° 9 « du Nouveau Monde » de Dvorák, la Symphonie n° 2 de Sibelius et la Symphonie n° 2 de Rachmaninov (hélas amputée, comme toujours à l’époque). Stanisław Skrowaczewski a succédé à en 1960 aux destinées du (actuellement ), avec lequel il nous a légué d’excellents Prokofiev et Chostakovitch ; ses Schubert sont toutefois moins mémorables.

Côté américain, se voit consacrer un double CD The Composer and his Orchestra, où il commente lui-même longuement, avec exemples musicaux, quelques-unes de ses œuvres, tandis que ne s’écarte guère de ses habitudes en dirigeant marches et musique légère, dont une pétillante et scintillante Carousel Waltz de , ainsi que des albums , et Cole Porter. Dans une veine également légère, mais plus « classique », c’est un vrai plaisir de retrouver à ses débuts – quand il n’était pas encore « Sir » – dans un programme de « Lollipops » (CD 26, « Kaleidoscope ») que n’eût guère désavoué Sir Thomas Beecham.

Ce coffret offre néanmoins une particularité par rapport aux deux premiers : les transferts accomplis par Wilma Cozart Fine s’arrêtent au CD n° 37, et on aurait pu en rester là, mais pour faire bonne mesure (et obtenir une boîte bien cubique comme les deux premières) il fut décidé d’en ajouter 16 autres, où l’on retrouve des captations réalisées par les ingénieurs Mercury pour Philips : Suites de Tchaïkovski par Doráti, Concertos pour piano de Liszt par , Sonates de Beethoven par le duo Rostropovitch – Richter, Mélodies de Moussorgski, Tchaïkovski et Prokofiev par le duo Vichnevskaïa – Rostropovitch. Mais tout cela avait déjà été mis en CD auparavant.

Ce qui est bien plus important est une série d’inédits en CD, la plupart mono, qui font la part belle à Doráti (on en aurait espéré tout autant pour Paray…) : Symphonie n° 3 « Eroica » de Beethoven, Variaciones concertantes de Ginastera et Young Person’s Guide to the Orchestra de Britten, Symphonie n° 3 de Copland, Vetrate di chiesa (Vitraux d’église) et Feste romane de Respighi, et enfin la fameuse version mono de 1954 de l’Ouverture 1812, couplée au Capriccio italien, de Tchaïkovski. Et saluons enfin la parution en CD des pages du Padre somptueusement révélées par le claveciniste , élève de la grande Wanda Landowska.

Finalement revient, abandonnant, une fois n’est pas coutume, son côté léger pour nous gratifier de façon superlative d’œuvres pour vents de Hindemith, Schoenberg et Stravinsky.

Et le coffret s’achève judicieusement avec les seuls enregistrements réalisés à Moscou qui n’avaient pas encore été mis en CD : les Quatuors à cordes n° 4 et n° 8 de Chostakovitch, magnifiés le 17 juin 1962 par le , avant qu’il ne nous révèle les autres. Signalons enfin que la liste détaillée des œuvres présentes dans ce coffret est consultable sur le site Decca Classics.