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Festival de Giverny : au cœur de la musique de chambre

On aime ce festival au programme audacieux et à l’ambiance sympathique.

On n’associe pas tout de suite Giverny à la musique : pourtant, c’est dans ce pli de la Seine, où Monet s’est retiré pour accomplir la « rédemption de la peinture » (Huysmans), que le violoncelliste a installé son petit Marlboro. De la présence de quelques « seniors », musiciens chevronnés, et d’une quinzaine de « juniors », on pourrait hâtivement qualifier Giverny d’académie d’été et ce serait réducteur : l’originalité des œuvres choisies et la concentration des répétitions sur quelques jours mettent tout le monde sur le même plan, surtout que chaque pièce réunit un ou plusieurs « seniors » et des « juniors ». Chacun apporte donc sa spontanéité et s’engage bien au delà de son excellent bagage technique. Ainsi de cette douzième édition du festival, consacrée à deux thèmes, Bach et la musique anglaise, mais qui offrait aussi une conférence sur les rapports entre mathématiques et musique, deux créations de compositeurs invités (Richard Dubugnon et Thierry Pélicant), et aussi la présentation d’un piano conçu selon un procédé révolutionnaire par le facteur Stephen Paulello.

Musique de chambre d’outre-Manche

Les œuvres choisies font défiler les plus grands compositeurs britanniques des deux siècles derniers, bien qu’aucun n’ait fait de la musique de chambre son domaine de prédilection. Le Quintette avec piano en la mineur op. 84 d’Elgar entraîne l’auditeur dans sa divagation : développements minés par le doute, passages magiques et accès sombres. En compagnie de et de , , et Claudine Legras y font entendre un son riche et homogène, et la nostalgie de l’ « Adagio » prend des intonations vraiment touchantes. Le Quintette avec piano H49a de , datant de sa première période (1905), imite Franck et Fauré, en même temps qu’il déploie de somptueuses textures, remarquablement servies par , , et Clara Strauss, autour de l’éminent .

C’est une certaine poésie modale et l’énergie sans faille des interprètes (, , et Yun-Yang Lee, épaulés par Joel Quarrington) qui permettent au Quintette avec piano en ut mineur de Vaughan Williams de convaincre, une œuvre de jeunesse imparfaite, sinon dénuée d’intérêt. Les deux folksongs arrangés par Bridge (« Sally in our alley » et « Cherry Ripe ») sont des délices typiquement britanniques : , , Hannah Shaw et rendent bien l’ironie et la tendresse qui s’en dégagent.

Richard Dubugnon

Ayant participé à la programmation, Richard Dubugnon s’explique sur ses choix avec modestie et humour. Il a voulu rendre hommage à , un compositeur encore injustement sous-estimé, et aussi mettre en valeur son propre instrument, la contrebasse, représentée pour cette édition par le formidable Joel Quarrington. Avec son Quatuor avec piano op. 22 de 1998 et ses Ellébores pour quintette à cordes avec contrebasse op. 28 de 2002, on a un aperçu de sa musique de chambre, que les interprètes servent avec zèle. Les superbes Ellébores se développent et se ramifient comme cette plante mystérieuse. Le second mouvement donne au premier violon (Boris Brovtsyn) un impressionnant solo. Dans le savoureux Quatuor avec piano, ce sont des réminiscences de Fauré (Quatuor avec piano n° 1), de Bridge (le Quintette joué juste avant) et du compteur électrique des grands-parents du compositeur.

Quant à Onslow, son Quintette à cordes op. 34, étonnant de sensibilité et d’élégance, s’aventure aussi sur des chemins plus angoissés et laisse l’impression d’une œuvre quasiment « beethovenienne ».

Musique d’ensemble

Un Concerto brandebourgeois n° 6 en si bémol majeur BWV 1051, joué à deux altos, trois violoncelles, clavecin et contrebasse, d’une sonorité sans doute trop uniforme. Des Variations sur un thème de Bridge op. 10 de Britten, ces parodies-minutes ébouriffantes, avec une terrible « Marche funèbre », un amusant « Air italien », etc. On voit que le festival offre également aux jeunes musiciens des expériences de musique d’ensemble. Sous la direction de Thierry Pélicant, tous donnent libre cours à leur expressivité dans Britten, ce qui donne une interprétation intéressante par son engagement collectif extrême. Un plaisir de jouer et d’être ensemble qui passe naturellement aux auditeurs et qui constitue l’un des aspects les plus attachants de ce festival.

Crédits photographiques : Michel Strauss et Thierry Pélicant ; Rosanne Philippens, Magdalēna Geka, Jean-Claude Vanden Eynden, et Clara Strauss © Céline Degroote / Festival de Giverny

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