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Sviatoslav Richter, sublime dans Bach

Grâce au label super budget Alto, c’est une véritable aubaine de pouvoir acquérir à prix très doux la version studio légendaire du Clavier bien tempéré de Bach par l’immense pianiste qui nous a légué tant de fabuleuses interprétations.

(1915-1997) est parvenu à imposer la musique de Bach en ex-URSS où elle était considérée comme réactionnaire et de peu d’intérêt. 2 mai 1957, le pianiste canadien , 24 ans, débarque à Moscou : il est le premier musicien nord-américain à jouer derrière le rideau de fer, et il joue Bach. Richter est présent, et c’est le déclic : dorénavant il jouera également Bach, mais à sa manière, nous offrant ainsi un Bach habité, noble et poétique (certains disent romantique ; nous dirons plutôt intemporel), tout à l’opposé de celui de son confrère, plus analytique et, disons-le, un peu mécanique. Richter nous léguera ainsi une série d’enregistrements merveilleux, soit studio, soit « live », de Capriccios, Concertos, Fantaisies, Sonates, Suites anglaises, Suites françaises, Toccatas, et surtout du Clavier bien tempéré.

Sviatoslav Richter nous a laissé plusieurs interprétations du Clavier bien tempéré – certains éditeurs ne précisant pas toujours de laquelle il s’agit – et il convient donc de faire le point. La version la plus célèbre, celle qui est éditée ici par Alto, fut enregistrée en studio à Salzbourg et Vienne en juillet 1970, août et septembre 1972 et février et mars 1973 ; elle fut publiée par Le Chant du Monde, Eurodisc, Melodiya, Olympia, RCA-Sony, Victor Japon… Une autre version intégrale, en public, est celle d’Innsbruck gravée en juillet et août 1973, publiée notamment par Victor Japon et PoloArts Chine. Vient ensuite la version partielle du Livre I seul, un « live » à Moscou en avril 1969, éditée par Melodiya et Revelation. Il existe également quelques Préludes & Fugues épars donnés à Florence en novembre 1962 et publiés In Memoriam en novembre 1997 par Deutsche Grammophon.

Même s’ils sont de qualité sonore parfois inégale, bien que tout à fait audible, tous ces témoignages de ce pianiste de génie (ainsi que le qualifiait son professeur Heinrich Neuhaus) sont absolument à connaître, et l’on peut choisir indifféremment les versions complètes Salzbourg-Vienne ou Innsbruck, toutes deux admirables et fascinantes : si l’on désire une vision plus spontanée, on préférera la version Innsbruck, mais il faudra supporter les inconvénients inhérents à la présence du public ; bien que Richter n’aimait pas enregistrer en studio, la version Salzbourg-Vienne, proposée par Alto, est plus pensée, plus en profondeur et nous évite un maximum de bruits parasites. Pour cette édition, ce dernier enregistrement, selon certains un peu trop réverbéré et un tantinet opaque, a été magnifiquement restauré par le hautboïste et excellent ingénieur du son Paul Arden-Taylor, de Dinmore Records.

Sviatoslav Richter est le digne successeur des et autres , et à ce niveau du sublime, la sempiternelle question de jouer au clavecin, au clavicorde ou au piano ne se pose même plus, et d’ailleurs n’a plus aucun sens…