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Concert inaugural de l’Orchestre Philharmonique du Luxembourg

Nouveau directeur musical de l’Orchestre Philharmonique de Luxembourg, ouvre la saison luxembourgeoise avec un concert Ligeti/Berg/Mahler. Le succès triomphal de cette belle soirée augure d’une longue et fructueuse collaboration.

Pour ce concert inaugural le programme retenu faisait la part belle aux œuvres évoquant le rapport mystérieux, souvent crépusculaire, de l’homme à la nature, à la culture et à la civilisation. D’une grande cohérence thématique, le programme s’avère également judicieux sur le plan chronologique, balayant la période allant du postromantisme des toutes dernières années du XIXe – la Première symphonie de Mahler (1888) – aux premières années du postmodernisme – le Concert Românesc de Ligeti (1951), en passant par le modernisme triomphant des Sieben frühe Lieder de Berg (1905-1908, orchestration en 1928). On appréciera tout particulièrement les liens rassemblant les pièces de Mahler et de Ligeti, notamment pour l’utilisation de la dissonance dans des œuvres ayant recours, de manière véritablement organique, à la musique folklorique. Aux thèmes populaires roumains ou hongrois du Concert Românesc font ainsi écho la danse autrichienne à trois temps, proche du « laendler », du second mouvement de la symphonie de Mahler, ou encore les réminiscences de la chanson populaire « Bruder Martin » au troisième mouvement. Au milieu, le cycle vocal de Berg paraît d’une incroyable sophistication, servi par une orchestration d’une beauté absolue et une écriture vocale d’un exquis raffinement. Le soprano lyrique d’, capable de toutes les couleurs vocales et de toutes les envolées dynamiques, hisse à des sommets extatiques des pages qui explorent les mille parfums de la nuit et de la nature. Sa diction exemplaire permet à un public largement germanophone de suivre les multiples nuances d’un texte qui, quoique dû à la plume de plusieurs poètes, constitue bel et bien un cycle.

À la tête de son orchestre, le jeune chef espagnol n’a aucun mal à imposer son style, visiblement inspiré de son mentor Claudio Abbado. La lecture, d’une rare transparence, de pièces à l’écriture orchestrale savante et complexe, remporte totalement l’adhésion. Sachant mettre en valeur tous les détails d’une orchestration particulièrement subtile – les bois, les vents, les cuivres…–, il maîtrise également à la perfection les déferlements les plus tonitruants. Le triomphe qu’a réservé le public luxembourgeois à son orchestre et à son nouveau chef augure assurément de belles soirées à la Philharmonie.

Crédit photographique : Anna Harteros et Gustavo Gimeno (photo n°1) ; Gustavo Gimeno (photo n°2) © Alfonso Salgueiro