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Matière, mouvement, éclair, dans l’œuvre d’Édith Canat de Chizy

Over the sea (2012), qui donne son titre au nouvel album monographique d’Edith Canat de Chizy produit par le label Solstice, est la première œuvre, commande de l’, pour laquelle la compositrice fait appel, via l’assistance de , à l’outil électronique.

C’est ici la peinture de Claude Monet et l’univers miroitant et subtil du peintre, qui nourrissent son imaginaire sonore stimulé par la fantasmagorie de l’électronique. Au trio à cordes (les Diotima) se joint l’accordéon (celui de ), interface idéal entre le monde acoustique et les sons de synthèse. Relayant l’écriture instrumentale qu’elle transforme à mesure, l’électronique fait naître des morphologies et trajectoires inouïes, du continuum sonore à la pulvérisation de la matière. Prodigieux, l’enregistrement (Sébastien Naves) recrée l’espace où évoluent les textures raffinées et mouvantes, nous immergeant dans un monde troublant autant qu’insaisissable.

Drift (Dérive) pour clarinette et orchestre est écrit un an après Over the sea. Sans les logiciels de l’Ircam cette fois, mais avec un pupitre de percussions diversifié autant qu’actif, met à l’œuvre des procédés de floutage, mixture et morphing agissant, tel l’électronique, sur les sonorités de la clarinette comme au sein des textures orchestrales. Des jeux d’ « ombre double » entre le soliste – éblouissant – et le clarinettiste du rang, propulsent le mouvement du son dans l’espace, décuplant l’effet vibrionnant d’une écriture virtuose, aussi fluide que cursive. Les ressorts de l’invention dans le domaine des couleurs, des modes de jeux et des associations de timbres captivent l’écoute – d’une qualité exemplaire – au fil d’une trajectoire toujours puissamment contrôlée.

Comme chez Debussy, l’écriture orchestrale d’ est « de couleurs et de temps rythmés ». Pierre d’éclair (2011) – titre emprunté à René Char – est un bijou alliant la fermeté du trait et la souplesse des figures, la rigueur formelle et la plasticité des textures. La compositrice manie la couleur pure et convoque un riche pupitre de percussions, qui participe du ressort dramaturgique et donne à entendre, de manière obstinée autant que mystérieuse, ses coups répétés qui comptent le temps. L’énergie propulsant la matière le dispute au raffinement des timbres et à la sensibilité/sensualité des sonorités exerçant leur pouvoir secret de fascination. L’, servi par une même qualité d’enregistrement, en restitue pleinement l’éclat singulier.