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Quelle est la musique danoise la plus jouée au monde ?

Et, la réponse est : Jalousie, tango tsigane  de .

Le violoniste et compositeur danois (1879-1963), sans lien de parenté avec le romantique Niels Gade (1817-1890), vient au monde à Vejle, petite ville située dans le Jutland, non loin de l’île de Fionie, lieu de naissance de Carl Nielsen une quinzaine d’années auparavant.

Dès l’âge de neuf ans Jacob fait ses débuts de violoniste au sein de l’orchestre de son père. L’année suivante il se produit en soliste avec l’orchestre du parc d’attraction de Tivoli de Copenhague. Sa carrière est ensuite marquée, pendant de longues années, par une succession d’engagements à jouer ou diriger les meilleures formations de musique légère ou semi-légère du pays. Vers l’âge de dix-sept ans il publie ses premières compositions. Il devient un musicien réputé se produisant dans les grands cafés, les hôtels renommés, les principaux théâtres et plus encore dans les meilleures salles de cinéma, improvisant habilement sur le défilement des images à cette époque du cinéma muet.

A quarante ans, en 1919, il s’établit aux Etats-Unis, d’abord violoniste dans un modeste cinéma de New York avant de prendre en charge un orchestre de 80 membres au Cinéma Capitol. Puis, il joue au sein de l’Orchestre symphonique national (Orchestre philharmonique de New York) pendant deux ans un répertoire plus sérieux sous de fameuses baguettes.

De retour au Danemark en 1921, il prend la direction  de l’orchestre du Théâtre Palace, le plus vaste cinéma d’Europe du Nord, d’une capacité de 1930 places. Ce premier poste sera suivi de plusieurs autres confortant sa réputation d’excellent instrumentiste, d’habile chef d’orchestre et de compositeur de musiques de divertissement très appréciées.

Ce sympathique musicien serait sans doute tombé dans un oubli durable si le destin ne l’avait soudainement propulsé sur le devant de la notoriété danoise et mondiale grâce à une brève musique de quatre minutes qui fut diffusée partout sur la planète. En un temps record Tango Jalousie devint le morceau de musique écrit par un Danois le plus connu au monde assurant à son auteur une renommée internationale.

Un jour de 1925, Jacob Gade lut dans son quotidien la relation d’un fait divers : l’histoire d’un meurtre motivé par la jalousie. Ce tragique événement travailla plus ou moins consciemment un certain temps l’esprit du musicien, plus impressionné qu’il voulut le reconnaître. Il en conçut une mélodie qui fit rapidement de lui l’un des compositeurs les plus connus de toute la Scandinavie. Ces quelques mesures fort expressives se répandirent dans le monde entier et lui rapportèrent une véritable fortune.

Jacob Gade a laissé une relation de la genèse de Jalousie, tango tsigane : « Un jour les journaux furent emplis de la description sensationnelle d’un crime passionnel. Cela m’impressionna tellement que je ne pouvais plus m’empêcher d’y penser. Lors de ma promenade matinale à travers champs, j’en arrivais à la conclusion consciente que l’horrible drame n’avait rien à voir avec mon travail, aussi s’amenuisa-t-il de plus en plus dans l’arrière-plan de ma conscience, mais le mot « jalousie » y demeurait  comme un titre autour duquel des notes progressivement se rassemblaient. Lorsque je rentrai à la maison, je m’assis à mon bureau, et après quelques heures, Tango Jalousie était achevé. »

Le succès de Jalousie fut largement conforté par le chef et violoniste américain Arthur Fiedler (1894-1979) qui l’enregistra à la tête du célèbre Boston Pops Orchestra et par d’autres artistes importants qui contribuèrent également à sa très large diffusion.

De nombreux arrangements s’ensuivirent faisant appel à des effectifs des plus variables (orchestre symphonique, orchestre de salon, fanfare, percussion, quintette à vent, piano et violon, flûte et piano, accordéon, piano…). Tous  défendant la même mélodie sensuelle et un rien menaçante, bien dessinée et immédiatement mémorisable.

Gade pouvait-il imaginer le succès de ce morceau lorsqu’il le présenta en création le 14 septembre 1925 au Théâtre Palace en accompagnement d’un film muet ?

L’argent généré par cette illustre miniature (des sommes considérables) servit à la création d’une Fondation Jacob Gade (Jacob Gade Legat) destinée à venir en aide chaque année à de jeunes musiciens danois doués. Le compositeur précisa modestement les circonstances de cette belle et très populaire initiative : « J’aurais aimé pouvoir apprendre dans ma jeunesse davantage que ce que les circonstances m’ont permis ; que j’ai pu léguer une fortune non négligeable est dû au fait que j’ai été capable de gagner ma vie à la fois comme compositeur et comme instrumentiste, et que j’ai bénéficié d’une certaine chance avec mes compositions. »

Tango Jalousie de Gade se tient fièrement aux côtés de « tubes » internationaux comme La Nuit de la Saint-Jean du Suédois Hugo Alfvén, Peer Gynt du Norvégien Grieg, Bruissement de printemps de Christian Sinding, presque à égalité avec  les Quatre saisons (Vivaldi), la Lettre à Elise (Beethoven), le Boléro (Ravel), le Lac des cygnes (Tchaïkovski), la Petite musique de nuit (Mozart), la musique du Troisième homme (Anton Karas), le Beau Danube bleu (Johann Strauss).