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Emmanuel Hocdé rend hommage à Bach à l’orgue de Gray

Ce disque est une triple découverte : un orgue et un interprète au service d’un répertoire en partie retrouvé, en particulier celui du compositeur français Boëly. propose ici une promenade romantique inspirée par le génie de Bach sur le très bel orgue de Gray, habilement restauré par le facteur Jean-François Muno.

L’orgue de la basilique Notre-Dame de Gray en Haute-Saône remonte à la première moitié du XIXe siècle, période durant laquelle il fut édifié par Joseph Callinet, membre d’une célèbre manufacture alsacienne d’orgues installée à Rouffach. L’histoire de cet instrument est comme souvent quelque peu mouvementée et on pourra se reporter au texte de la pochette de ce CD pour en connaître les nombreux détails. Pour l’heure, ce qui est le plus important, c’est ce que l’on entend, après les derniers travaux effectués par Jean-François Muno en 1992. On retrouve bien là la pâte sonore de ce facteur, caractérisée par la clarté et l’équilibre. L’orgue s’inscrit dans cette période dite « de transition », conservant à la fois des sonorités classiques puisées dans les écoles françaises et germaniques et quelques nouveaux jeux d’essence romantique : fonds généreux avec gambes et hautbois orchestraux de grande classe.

On se souvient de l’importance d’, compositeur et organiste de la paroisse de Saint-Germain-l’Auxerrois à Paris à partir des années 1830 et qui fut un ardent défenseur de la musique pour orgue de Bach qu’il joua abondamment, grâce à l’installation d’un grand pédalier à l’allemande, le premier dans l’histoire de l’orgue français. Ses compositions s’inspirent de la France et de l’Allemagne, c’est dire l’adéquation parfaite avec l’orgue de Gray. On retrouve des formes françaises classiques telle la tierce en taille ou le quatuor, et une célèbre fantaisie d’inspiration plus germanique, dont le thème de la fugue évoque les notes du B.A.C.H. La suite du programme nous amène vers Brahms et Mendelssohn, qui à leur manière ont nourri la matière organistique à la suite de Bach, dans des compositions tour à tour virtuoses ou très intérieures dont les chorals sont l’aboutissement.

nous offre une interprétation de très grande classe. Élève de Gaston Litaize, puis d’Olivier Latry, cet organiste nous fait entendre ces pièces dans toute leur plénitude, grâce à une registration colorée, un « tactus » subtil, bien inséré dans ce contexte instrumental du milieu du XIXe siècle. Il est à noter aussi le remarquable travail du facteur Muno, qui a compris et sauvé l’esprit de cet instrument, que vient illuminer une prise de son limpide et chaude, mise au point par Jean-François Pontefract, maître en la matière.