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Quand Eugene Ormandy rencontre Jean Sibelius

En un beau petit coffret de la désormais célèbre série « Masters », Sony Classical rassemble toutes les gravures stéréo qu’ a consacrées indifféremment pour CBS et RCA à , ce qui nous vaut souvent de passionnantes comparaisons.

Toutes ? Non, il y a une omission, et elle est de taille : celle du Concerto pour violon en ré mineur, op. 47 dans la fabuleuse version de David Oïstrakh le 24 décembre 1959. Sans doute cela est-il voulu, car l’album en présente par ailleurs deux autres versions, celle d’ du 07 février 1969, correcte mais ne valant pas celle d’Oïstrakh, et surtout celle, merveilleuse, de du 12 décembre 1980, seul enregistrement digital de ce coffret. Car merveilleuse, cette violoniste américaine née en 1961 l’est assurément, son concerto de Sibelius étant l’un des plus beaux et des plus bouleversants que l’on puisse entendre. Il est vraiment étonnant de constater qu’à l’âge de 19 ans elle parvienne à surclasser le vétéran Stern, ce dont Ormandy a été apparemment bien conscient, lui fournissant le meilleur accompagnement des trois solistes – une formidable alternative à David Oïstrakh ! Ce n’est pas pour rien qu’elle fut l’élève de Josef Gingold et Nathan Milstein, et il est vraiment regrettable que pour des raisons personnelles sa carrière n’ait pas eu le retentissement qu’elle méritait, puisqu’en disque commercial elle ne nous a laissé, hormis Sibelius, que l’Introduction et Rondo capriccioso en la mineur, op. 28 de Saint-Saëns, et les Sonates pour violon et piano n°1 en sol majeur, op. 78 et n°3 en ré mineur, op. 108 de Brahms. Un enregistrement privé, disponible sur son site internet, comporte le Concerto pour violon n°1 en la mineur, op. 77 de Chostakovitch et le Concerto pour violon op. 14 de Samuel Barber avec le London Symphony Orchestra.

L’essentiel de cet album est consacré aux symphonies, et là aussi, il est regrettable qu’Ormandy, contrairement à son collègue Bernstein, n’ait pas enregistré l’intégrale : pourtant dès janvier 1935, il a défendu au disque les symphonies (jusqu’à quatre gravures de la Symphonie n°1 !), mais dédaigné les Symphonies n°3 et n°6, considérées comme les plus « faibles » à l’époque, ce qui est loin d’être le cas. a rencontré Sibelius plusieurs fois dans les années 50, notamment à l’occasion d’une tournée en Finlande avec le au printemps 1955, lors de laquelle tous les musiciens visitèrent Sibelius en sa demeure « Ainola ». De précieux renseignements quant à l’interprétation de ses œuvres ont certainement été recueillis, d’où l’importance de ces gravures. Les Symphonies n°1, 2 et 7 ont d’abord été captées par CBS, puis à nouveau par RCA qui y adjoignit les Symphonies n°4 et 5. Toutes les versions sont ici présentes, et il est évident que RCA nous offre les interprétations les plus abouties et matures, les mieux structurées de ces œuvres, même si les versions CBS sont déjà d’un niveau très remarquable, et c’est tout dire. La Symphonie n°4 en la mineur, op. 63 est l’une des plus réussies du catalogue, avec celle de Maazel à Vienne (Decca).

Les autres pages symphoniques de ce coffret sont à l’avenant : exceptionnelles Fille de Pohjola (supérieure à Bernstein) et Océanides, celles-ci délicieusement impressionnistes. Les deux versions du Cygne de Tuonela bénéficient de l’incomparable Louis Rosenblatt, cor anglais à l’expressivité infaillible ; toutefois Eugene Ormandy se permet quelques petites « coquetteries » de textes modifiés probablement hérités de Stokowski, notamment les violons octaviés à la fin des trois versions de Finlandia (dont deux avec chœurs), et la première version (CBS, février 1968) de l’Intermezzo de Karelia où la trompette semble avoir quelque peu « dérapé » d’enthousiasme !…

En tous les cas, question enthousiasme, ce n’est pas ce qui fait défaut à Eugene Ormandy et ses Philadelphiens dont la somptuosité, la musicalité incomparable et la familiarité avec le langage sibélien sont l’évidence même. Voilà donc qui honore magistralement le cent cinquantenaire de .

Crédit photographique – Jean Sibelius et Eugene Ormandy à Ainola : © http://www.sibelius.fi/english/