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Rares Noëls français par la Maîtrise de Toulouse

Après deux premiers albums très réussis de messes brèves (Caplet, Leighton, Delibes, Britten, Fauré), puis de motets français pour voix aiguës, la jeune et excellente propose un troisième opus constitué de Noëls français du XVIe siècle à nos jours.

Loin d’un disque supplémentaire de chants de Noël convenus, qui nous assomment en boucle en période de fêtes, il s’agit d’un choix aussi original que judicieux de pièces puisées dans les répertoires ancien, moderne et traditionnel avec deux premières, dont une commande.

Nous avons eu l’occasion d’évoquer à plusieurs reprise l’excellence du travail de cette maîtrise et de son chef , lequel arrivé de Caen il y a une dizaine d’années a été chargé de recréer une maîtrise au sein du conservatoire de Toulouse. À l’image de ce qui c’était fait dans les décennies précédentes en Bretagne, à Caen, à Colmar ou au Centre de Musique Baroque de Versailles, sans oublier les grands anciens que sont les maîtrises de Radio France et de Notre-Dame de Paris, il s’agit de recréer en France un paysage vocal à travers des maîtrises où les enfants chantent quotidiennement avec des classes à horaires aménagés, qui leur permettent de recevoir une éducation musicale et des cours instrumentaux. Pour , le répertoire d’une maîtrise concerne celui des chœurs mixtes où les voix d’enfants remplacent les femmes, mais à Toulouse, pour des raisons logistiques, les voix de filles se mêlent aux garçons, même si l’on reste dans les dessus.

Nous sommes peut-être loin des maîtrises britanniques dont la tradition est ininterrompue depuis le XIIe siècle, mais en dix ans les progrès sont impressionnants et l’ensemble offre aujourd’hui une belle cohésion.

Le programme de ce disque très intelligemment composé propose un voyage en trois parties dans la tradition noëlique française selon une interprétation d’une grande finesse. Pour les motets anciens de la Renaissance et de l’ère baroque (Mouton, Bouzignac, Moulinié, Clérambault, Charpentier), la maîtrise respecte la prononciation du latin à la française avec une subtile différence entre l’œuvre précoce de Mouton et les pièces du XVIIe siècle, empreintes de gallicanisme. Profondément liés aux Languedoc, dont Toulouse était la capitale, Bouzignac et Moulinié ont commencé leur vie musicale à la maîtrise de la cathédrale de Narbonne.

Les motets modernes de la seconde partie requièrent pour leur part la prononciation dite « romaine », qui s’est généralisée au XXe siècle. S’ils sont plus connus, on apprécie la clarté et la fraîcheur du Salve Regina (1941) et des Quatre motets pour le temps de Noël (1955) de Poulenc, qui révèlent l’esprit malicieux du compositeur. Le luxuriant Chant de la Nativité de pour deux voix aiguës et orgue connaît ici son premier enregistrement, un siècle après sa composition, tout comme le Hodie Christus natus est de , que la maîtrise a d’ailleurs commandé pour ce disque. Dans cette pièce complexe à neuf voix, la partie d’orgue dépasse largement son rôle de simple accompagnement. Rappelons que fut l’initiateur de cette maîtrise alors qu’il dirigeait le conservatoire de Toulouse.

La troisième partie revient au vaste répertoire des Noëls régionaux traditionnels, chantés dans leur langue originale. Six d’entre eux ont été arrangés par , tandis que le Noël provençal Guillaume, Antoine et Pierre a été arrangé par l’organiste , grand-père de l’universel Michel Bouvard, qui tient entre autres la tribune du grand Cavaillé-Coll de la basilique Saint-Sernin.

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