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Camille Berthollet, violoniste médiatique

Victorieuse à seize ans d’une émission de « télé-crochet » selon les propres termes de l’éditeur, se voit proposer son premier enregistrement ; trop tôt sans doute, tant ce disque fourre-tout de 17 (!) morceaux sans fil conducteur déçoit par sa superficialité… Dommage !

Voici un disque qui soulève bien des questions. Rappelons que a été lauréate non d’un concours de violon mais plutôt d’un jeu télévisé réservé aux enfants et adolescents pratiquant la musique ou la danse, suivant un principe jadis défendu par feu Jacques Martin. Sa victoire lui vaut d’être propulsée sur le devant de la scène et estampillée « prodige ». Dans la foulée, un éditeur de disques, héritier d’une grande maison de jadis, lui offre d’enregistrer son premier CD.

Le programme à lui seul trahit les limites de l’exercice ; foin des vieilleries façon sonates ou concertos dont nous ont barbés ces Mozart, Beethoven ou Brahms relégués au rang des antiquités. Dix-sept morceaux (le plus développé dure à peine six minutes) parfaits pour radio de variétés entre deux pubs et qui mêlent harmonieusement (?) concessions à la musique « classique » (des mouvements isolés picorés de-ci de-là dans des concertos de Bach ou Vivaldi) joués avec une nervosité qui tient lieu de virtuosité et… purs morceaux de variétés (la Vie en rose ou la Liste de Schindler) dans une lecture sentimentale à souhait. Pour faire bonne mesure, ajoutons que cette jeune personne se considère comme violoncelliste autant que violoniste ; la passacaille de Halvorsen avec sa sœur au violon vous fera grincer les dents (remettez Heifetz et Piatigorsky sur vos platines, vous verrez).

Reconnaissons-le, la faute n’incombe sans doute pas à cette jeune artiste dont les années diront si elle possède un réel talent, mais bien à l’éditeur avide de s’engouffrer pour des raisons commerciales dans le sillage de la télévision. On s’étonnera aussi de voir un pianiste talentueux comme prêter son concours à l’entreprise, sans parler de l’intervention en guest-star de . Mais ce n’est pas servir la cause de la musique ou de l’interprète que de lancer à grands moyens pareil produit. Être directeur artistique est un vrai métier… « Walter Legge, reviens, ils sont devenus fous ! »