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Nikolai Lugansky au sommet de son art dans le dernier Schubert

Dans l’ante-pénultième sonate de Schubert comme dans le second cycle d’impromptus, impose sa vision faite de pudeur, de réserve, mais aussi d’une émotion intense et sincère. Un grand interprète schubertien s’affirme par cet enregistrement magistral, nouvelle étape dans le parcours sans faute d’un des plus grands pianistes de sa génération.

Après avoir marqué les esprits par d’exceptionnelles gravures de Chopin et Rachmaninov dans lesquelles il démontrait une virtuosité éblouissante et d’autant plus impressionnante qu’elle paraissait couler de source, presque sans effort, élargit aujourd’hui son répertoire à des œuvres plus secrètes, mais qui réclament tout autant de musicalité. D’emblée la Sonate D958 qui ouvre ce disque démontre une maîtrise absolue des sonorités et des accents comme une palette des timbres qui autorisent le déploiement d’une variété d’affects confondante. La mélancolie douce-amère de l’adagio, l’onirisme du passage central de l’allegro initial, la délicatesse du menuetto comme les rythmes de chevauchée du finale, cet Erlkönig pianistique, tous tombent avec une justesse absolue sous les doigts magistraux du pianiste russe. Le second cahier d’Impromptus, qu’on peut aussi concevoir comme une quasi-sonate en quatre mouvements, révèle les mêmes qualités d’élégance, de délicatesse, de lyrisme soutenues par une perfection technique toujours inattaquable. L’équilibre des tempos est également remarquable, loin des (géniales) extensions du temps qui marquaient les célèbres gravures de Richter.

Ce disque de toute beauté n’appelle qu’un souhait, celui que Lugansky grave désormais les deux sonates suivantes, les trois dernières œuvres de Schubert formant une trilogie sinon indissociable du moins liée par des relations structurelles fortes. Un grand schubertien s’affirme par cet enregistrement, nouvelle étape dans le parcours d’un maître du clavier.