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Piano et cloches à Gaveau avec Stavy et Gengembre

A Gaveau, honneur au métal frappé et aux résonances avec un concert au programme habilement composé par et . En pièce de résistance, la monumentale Sonate n° 7 de , où cet élève de Chostakovitch s’y montre plus que digne de l’affection particulière que lui vouait son maître. 

Un grand piano, deux cloches (photo), une cloche tubulaire, un vibraphone, des petites percussions autour de le percussionniste et timbalier solo de l’Orchestre national de Lille et du Philharmonique de Radio France,  le dispositif instrumental sur la scène de Gaveau était peu banal pour ce programme entièrement dédié aux cloches.

En première partie, un programme judicieusement composé en forme de… cloche justement. Le piano seul d’abord, pour en évoquer les puissantes résonances romantiques, avec Liszt et Rachmaninov,  puis avec Franck et Saint-Saëns c’est l’entrée de Gengembre pour se faire l’oreille à cette alchimie de notes frappées. On monte d’un cran sur le plan musical et poétique avec Debussy, d’abord avec piano et percussions (Les cloches) puis au piano seul (Cloches à travers les feuilles), tout cela préparant à Fenêtre sur Egaré ! une pièce de Gengembre compositeur qui lui permit de faire état du plus large spectre sonore de ses instruments tout en s’inscrivant dans l’atmosphère onirique et concentrée de la soirée. L’Etude tableau op. 39 n° 9 de Rachmaninov permettait de revenir au point de départ, et pour de faire montre de son aisance à rendre justice tour à tour aux dimensions solennelles, mystiques, puissantes et rêveuses des cloches .

La seconde partie était constituée de la monumentale et superbe Sonate n°7 pour piano et cloches de , morceau de bravoure de 40 minutes composé en 1982 et qui par ses dimensions et les interventions parcimonieuses des cloches et cloches tubulaires a le caractère d’une symphonie pour piano. Dans la lignée de Mahler et de Chostakovitch, Tishchenko y fait succéder des atmosphères contrastées, de l’austérité sépulcrale de l’ouverture aux cloches à la conclusion enfantine (référence/révérence à la Symphonie n° 15 de Chostakovitch) en passant par une soudaine valse qui détonne par sa facilité mélodique. Nicolas Stavy et Jean-Claude Gengembre ont gravé cette sonate pour Bis et en sont naturellement les champions actuels.

A l’heure où cinquante ans de radicalité dans la musique savante vivante ont eu l’effet malencontreux – quoique prévisible – de faire se réfugier un public vieillissant autour d’un répertoire restreint, la pertinence artistique de ce type de programmes, propre à satisfaire les oreilles exigeantes comme les mélomanes simplement curieux, est à saluer. Nicolas Stavy, au jeu tour à tour véhément et sensible, a été d’un engagement exemplaire, soutenu par une belle complicité avec Jean-Claude Gengembre.

 

Crédit photographique : Nicolas Stavy 

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