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Trois disques à la gloire de l’orgue d’Albi

Trois nouveaux disques viennent magnifier les splendeurs du grand orgue baroque de la cathédrale d’Albi grâce à son nouveau et jeune titulaire , ainsi que son confrère italien , au service d’un répertoire varié et original, véritable panorama de la musique ancienne pour orgue en France et en Europe.

L’association Moucherel est très active pour le rayonnement de l’orgue de la cathédrale d’Albi depuis sa retentissante restauration de 1981, réalisée par Barthélémy Formentelli. Depuis, cet instrument n’a cessé d’émerveiller un public toujours plus nombreux remplissant ce lieu unique à chaque concert, et des artistes heureux de toucher l’un des plus beaux spécimens que l’art baroque ait jamais produit. Ces trois disques nous font entrer de plain-pied dans cet univers fantastique, par un répertoire souvent très opératique et des couleurs tour à tour sombres et rutilantes.

Le premier CD intitulé « Musiques royales » fait appel à la transcription, depuis les opéras français, des danses jusqu’aux airs les plus variés. Chaque pièce à elle seule est un microcosme où se développe un discours puissant, parfois étrange, porté à chaque fois par un timbre ou un mélange caractéristiques de l’orgue baroque français. On entend là tout ce que les auteurs pour orgue avaient préconisé en matière de mélanges de jeux. On passe du profane au sacré et vice versa sans se rendre compte du jeu de pistes. Les ouvertures de Lully ou Rameau font grand effet et les airs tragiques sur les tailles rappellent les meilleurs livres d’orgue de Couperin ou Grigny. , jeune et récent titulaire de cet orgue prodigieux, se montre complètement à la hauteur pour manier cette grande machine magique. L’émotion est au rendez-vous avec quelques pièces encore rehaussées par la percussion baroque tenue avec assurance par .

Le deuxième CD intitulé Splendeurs fait appel à un répertoire élargi au-delà de nos frontières avec Purcell et Bach qui se sentent bien chez nous, tant la palette sonore d’Albi les transcende. Il faut écouter quelques chorals sur un jeu de Voix humaine absolument unique au monde et les auteurs français avec leurs ouvertures solaires très époque de Louis XIV, de à Lully. L’Espagnol Correa de Arauxo se glisse pour nous faire entendre l’un des cinq cornets de l’instrument. Albi représente une reconstitution de toute première exception, comme le sera un peu plus tard le Dom Bedos de Sainte-Croix de Bordeaux. Frédéric Deschamps, avec une énergie sans limites, fait vibrer l’orgue non seulement par un choix judicieux de sonorités mais par un toucher et une répartition de l’harmonie telle que la pratiquaient les organistes de l’Ancien Régime.

Le troisième disque, Musiques d’Europe, réalisé par un jeune organiste italien invité, puise son programme dans toutes les écoles d’orgue baroques européennes. Cela montre combien les orgues dans ce temps-là étaient proches par le style d’un pays à l’autre, surtout au XVIIe siècle : un tronc commun avec des jeux de fond et un grand plein jeu, ponctué plus ou moins de quelques jeux d’anches. On découvre tour à tour l’Angleterre avec Haendel, l’Allemagne avec Bach, les Pays-Bas avec Sweelinck, l’Espagne et ses nombreux anonymes, l’Italie avec quelques œuvres de l’interprète et puis la France avec une pièce pittoresque de avec grands coups de tonnerre. Simon Pietro Quaroni manie à merveille le géant à cinq claviers, à sa manière, différente de son collègue français, ce qui en fait tout le charme.

Depuis 35 ans maintenant, cet orgue a suscité divers enregistrements de grande qualité dont ceux-ci qui viennent enrichir et embellir la collection. Les prises de son sont exemplaires et véridiques pour saisir une acoustique toute au service de l’orgue. Il est vrai aussi que les facteurs Formentelli père et fils n’ont cessé d’améliorer le son de cet orgue depuis toutes ces années, pour un résultat aujourd’hui bien proche de la perfection.

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