Resmusica Rouge

Debussy sous les doigts de Marie Vermeulin

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Claude Debussy (1862-1918) : Pour le piano ; Estampes ; Études, Livres I et II. Marie Vermeulin, piano. Collection Le Printemps des Arts de Monte-Carlo. Enregistré à l’Auditorium Rainier III de Monaco, Salle Yakov Kreizberg, en mai 2015. Durée : 77′.

 

500x500 Magnifique interprète de la musique d’ (cf notre article d’août 2014 au festival Messiaen) gravée dans un premier CD monographique en 2013, aborde avec le même élan l’écriture de , celle, ultime, des Études (1915), chef d’œuvre de la modernité auquel n’accèdent que les pianistes les plus aventuriers.

Si la discographie abonde s’agissant des 24 Préludes de Debussy, plus rares en effet sont les enregistrements des douze Études où le compositeur de Pelléas renonce aux titres évocateurs pour se concentrer sur l’écriture du timbre et donner forme à un imaginaire sonore des plus luxuriant. « Toute déviation à l’égard du texte risque de verser dans un romantisme auquel ce texte tourne le dos » écrit très justement dans son ouvrage posthume Debussy la révolution subtile. C’est cet attachement à l’écriture debussyste et son respect scrupuleux qui guident l’interprétation de chez qui l’extraordinaire vitalité du jeu le dispute à la sensibilité et la subtilité du toucher. Avec le premier Livre, la pianiste nous immerge dans un univers de « sonorités spéciales », selon l’expression de Debussy, jouant sur la flexibilité des lignes (Pour les tierces), les variations de la lumière (Pour les quartes) et les mystères de l’instant (Pour les sixtes). « Sourdement tumultueux » note Debussy dans Pour les octaves, baignés ici d’une poésie toute singulière. Le livre I se referme dans l’éblouissement sonore et virtuose de Pour les huit doigts où Marie Vermeulin fait courir l’arabesque avec une liberté fantasque et la qualité perlée de son jeu lumineux.

Plus ouvragé encore, le second Livre ouvre sur des espaces et des temporalités autres. Délicatesse du toucher, textures transparentes et sonorités légèrement détimbrées enchantent la huitième étude Pour les agréments ; des surimpressions étranges habitent la suivante (Pour les sonorités opposées) où la pianiste déploie une palette de timbres et de résonance exquis. Il y a une tendresse infinie sous ses doigts dans le motif conducteur de Pour les arpèges composés, convoquant tous les registres du clavier voluptueusement sonore sous le geste de l’interprète ; tout comme les accords qui fusent dans la dernière étude, ménageant des contrastes abyssaux.

Quelques douze années séparent les Études des deux cahiers qui complètent l’enregistrement. Si le triptyque Pour le piano (1901) soutient mal la comparaison, les Estampes écrites en 1903 (Pagodes, La soirée dans Grenade et Jardins sous la pluie) sont une étape certaine dans la conquête du son et de l’écriture debussystes. Avec ses couleurs exotiques et la lointaine résonance du gamelan, Pagodes nous dépayse sous le toucher nuancé de la pianiste. Mais on préférera l’interprétation de La soirée dans Grenade et la grâce chaloupée de son rythme de Habanera. Jardins sous la pluie est un chef d’œuvre d’évocation et de poésie sonore dont Marie Vermeulin sert idéalement l’esprit scherzando et la volubilité du propos.

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.