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Sabine Devieilhe, une Somnambule qui fait rêver

Concerts, La Scène, Opéra

Paris. Théâtre des Champs Elysées. 11-IV-2016. Vincenzo Bellini (1801-1835): La Sonnambula, opéra en deux actes. Version de concert. Sabine Devieilhe, Amina; John Osborn, Elvine; Nicola Ulivieri, le Comte Rodolphe; Jennifer Michel, Lise; Rachel Kelly, Thérèse; Augo Rabec, Alexis. Choeur Les Cris de Paris, direction: Geoffroy Jourdain. Orchestre de chambre de Paris, direction : Christopher Franklin.

Devieilhe Sabine MolinaVisualsLa Sonnambula n’est pas l’œuvre la plus facile à distribuer tant le succès de l’opéra repose sur les épaules du soprano qui doit être capable de maîtriser la virtuosité la plus débridée avec les mélismes belliniens. est une des grandes chanteuses dont il faudra tenir compte dans ce répertoire.

Manifestement, sa maîtrise technique est telle qu’elle fait fi des difficultés de la colorature, en gardant un timbre très bien placé, avec une sonorité véritablement enveloppante, alors que son extraction vocale légère aurait laisser supposer un petit volume. On ne peut que constater qu’avec une grande pureté d’émission, elle porte le rôle d’Amina d’une façon extrêmement poétique; en ce sens, la cavatine d’entrée donne l’image d’une féminité virginale. Tout le long des trois heures où elle tient la scène et jusque dans les moments de somnambulisme, elle donne de son personnage l’image d’une jeune femme innocente et très amoureuse ce qui caractérise ce rôle magistral. De la même façon, sait contraster ses effets car elle emporte l’adhésion avec l’enthousiasme et l’excitation des moments de joie ; tant dans la cabalette de l’air d’entrée que dans la coda finale, elle sait et fait ce qui suscite le plaisir de l’auditeur : rythme mené un peu follement, notes tenues, et surtout un art bien propre à elle qui est de savoir nuancer le haut médium sans en perdre la couleur. Enfin, ce qui est frappant est cette capacité à ne pas laisser entendre une émission du son qui serait trop française et à donner une rondeur propre à une vocalità très italienne. Tout donc semble en adéquation et elle confirme que ce rôle, qu’elle avait déjà abordé il y a cinq ans, lui ouvre les portes d’un certain répertoire romantique taillé pour elle.

hérite du rôle un peu benêt d’Elvino, aux remarques parfois stupides et qui ne manque pas de faire sourire jusqu’aux moments censés être touchants. Le ténor américain, aguerri au bel canto romantique, fait état d’un beau métier, avec une certaine virilité, plus propre à Pollione qu’à Elvino. On entend plus souvent des chanteurs qui laissent place à une certaine mièvrerie, tout du moins tendant à alléger le timbre. prend le contrepied et exécute tout en pleine voix mais sans ostentation ni vulgarité. Tout au plus, il semble rester un peu étranger à l’action, mais c’est ce qui fait aussi le caractère lointain d’Amina par rapport aux villageois et l’on verrait Elvino s’acoquiner plus avec la terrienne Lise (, au timbre ramassé et compact) qu’avec la légère Amina.
Enfin, le rôle du Comte Rodolphe est assuré par la basse ; avec une certaine noblesse attribuée au rôle du Comte, il convainc dans une certaine mesure et donne le caractère intimiste à la pièce de Bellini.

L’orchestre est admirablement conduit, notamment dans les morceaux les plus lyriques où une délicatesse du tissu orchestral séduit plus que dans l’exaltation des tempi rapides (la coda de l’acte I ou la cabalette finale) où l’esprit reste un peu sage.

Un concert qui confirme donc la suprématie de Sabine Devieilhe et l’importance de ces œuvres peu jouées du compositeur italien.

Crédit photographique : Sabine Devieilhe © Molina Visuals

 

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