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Karine Deshayes, une vie et une voix pour Rossini

Il est rare qu’on trouve une telle adéquation entre une voix et un répertoire. a tout pour chanter Rossini et ce disque, en attendant les intégrales que nous appelons de nos vœux, en est le plus précieux témoignage.

On saluera tout d’abord l’intelligence et l’habileté du programme. En plus des grands tubes rossiniens enregistrés par la plupart de ses consœurs, propose un certain nombre de mélodies pour piano (Nizza, L’Âme délaissée, Canzonetta spagnuola), orchestrées spécialement pour l’occasion par ; l’orchestration de la cantate de chambre Giovanna d’Arco, quant à elle, est celle que avait commandée à au début des années 1990.

Que Karine Deshayes soit une grande virtuose rossinienne, nous le savons. Quiconque a eu la chance d’entendre la jeune cantatrice française dans Rosine du Barbier, dans Angelina de La Cenerentola ou dans Elena de La donna del lago – trois rôles qu’elle chante un peu partout dans le monde – n’est pas prêt d’oublier cette voix longue et parfaitement homogène sur toute l’étendue de la gamme, un véritable mezzo-soprano au timbre clair et à l’aigu triomphant, mais capable également de vocaliser dans les profondeurs de la partition. Visiblement, une Semiramide plutôt qu’un Arsace, comme le montre ici un « Bel raggio » plus que prometteur… La captation sur CD ne fait que confirmer l’adéquation de l’instrument de Karine Deshayes au répertoire rossinien, qu’il s’agisse de la longueur de la voix, de la qualité irréprochable du timbre, de la justesse des vocalises et de la perfection de l’intonation. À cela on ajoutera un talent encore plus rare, celui, qui cohabite ici avec le plaisir jubilatoire du chant, le talent du bon goût et de la modération, mis à profit dans un répertoire qui pourrait si facilement se prêter à l’esbroufe. De fait, on aura rarement entendu une Desdemona aussi sobre, si simple et si juste dans sa souffrance intérieure, une Giovanna aussi passionnée ou une Âme délaissée aussi pathétique. Du bonheur à l’état pur, on le sait, avec les airs du Barbier, de Cenerentola et de La donna del lago qui ont assis la réputation internationale de cette grande artiste.

On notera, pour une fois, l’originalité des pièces instrumentales qui accompagnent les pages vocales. Point d’ouvertures dans un programme « tout Rossini », ayant préféré inclure les « Temporale » que l’on entend dans le Barbier et dans Cenerentola, ces deux orages orchestraux qui du coup font écho à la tempête qui gronde en toile de fond des airs d’Otello. L’effectif relativement réduit de cet orchestre contribue à la clarté et la transparence du discours, l’énergie communicative de la mezzo étant parfaitement en phase avec celle des Forces majeures, formation que dirige avec passion et conviction son chef et créateur Raphaël Merlin. Ce disque, décidément, nous était dû !

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