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Rattle grave sa conception exaltante des symphonies de Beethoven

Pour chacun des chefs titulaires de la célèbre Philharmonie de Berlin, le massif des symphonies de Beethoven fait figure de point de passage obligé.

Il était donc temps pour Sir , au sommet de son art, de nous donner sa vision, fascinante par la symbiose entre l’orchestre et lui (que les DVD permettent d’apprécier tout particulièrement) comme par sa conception, dynamique et exaltante, d’une énergie et d’un élan sans relâche ; seule manque l’inimitable transcendance que seul Furtwängler a su insuffler jadis à son orchestre. Un coffret à marquer d’une pierre blanche cependant.

Que Sir Simon ait, il y a quelques années, gravé les symphonies de Beethoven avec les Viennois ne pouvait le dispenser de les remettre sur le métier avec « sa » philharmonie. Le résultat nous parvient sous la forme de ce très luxueux coffret (mais au format allongé bien malcommode) qui associe cinq CD, un DVD Blu-ray reprenant les neuf symphonies et deux DVD ; ces derniers restituent les concerts d’octobre 2015 qui ont servi de base aux CD (lesquels ont parfois apparemment bénéficié de quelques reprises ponctuelles). Deux documentaires complètent l’ensemble, le premier donnant la parole aux musiciens manifestement fascinés par le chef anglais en qui ils voient une synthèse entre la splendeur sonore de Karajan et la virtuosité d’Abbado, le second constitué d’une longue présentation par Rattle lui-même, éblouissant d’imagination pour expliquer tel ou tel détail des symphonies voire tel choix d’instrumentation. De fait la vidéo permet de mesurer l’évolution des effectifs de la Première (« un Haydn qui ferait de la gym ») à la Neuvième en passant par certaines curiosités (l’ajout de deux contrebassons pour doubler les contrebasses dans la Septième).

Au-delà de ce travail pédagogique, d’ailleurs passionnant car le chef est un grand communicant devant l’Éternel, le parcours montre une cohérence esthétique incontestable avec des constantes qui définissent l’interprétation. D’un bout à l’autre, Rattle privilégie l’énergie et l’élan vital, avec une tension qui ne se relâche guère, perceptible en particulier dans les deux premières, très réussies dans leur approche post-haydnienne, une Cinquième emportée par une motricité féroce, une Septième qui jaillit avec une pulsation dionysiaque impressionnante ou une Huitième à l’humour communicatif. On peut être plus réservé sur l’« Héroïque » ou la Neuvième, essentiellement en raison des mouvements lents qui restent trop distants à notre sens ; après tout, Rattle, récemment sollicité par un magazine pour choisir la Neuvième de son cœur élisait la légendaire gravure de Furtwängler en 1942 dont l’immense mouvement lent portait une charge émotionnelle jamais égalée, et employait à son égard les termes de « violence, terreur, hystérie » que sa propre lecture n’appelle guère. D’aucuns verront dans sa vision plus sereine et distante le poids d’un contexte berlinois sans doute heureusement moins tragique en 2015 qu’en 1942… Reste pour finir une «Pastorale» absolument fascinante par ses choix esthétiques : d’un premier mouvement où les cordes renient tout vibrato à un orage qui annonce l’ouverture du Vaisseau fantôme de façon prémonitoire, Rattle fait de cette Sixième un vaste poème symphonique panthéiste et inspiré.

L’ensemble de cette somme impressionne non seulement par sa virtuosité orchestrale superlative mais aussi par l’invraisemblable facilité de gestique du chef anglais. Les vidéos restituent son inimitable mélange de décontraction apparente et de concentration interne fascinant pour l’auditeur comme, apparemment, pour les musiciens dont la captation permet de retrouver l’attention intense. Magistral !