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Intégrale des Quatuors avec piano de Brahms, avec Leif Ove Andsnes et Tabea Zimmermann

Une intégrale des Quatuors avec piano de Brahms, autour de et .

Réunir en un soir les trois Quatuors avec piano de Brahms, c’est le défi ambitieux que se sont lancés Christian Tetzlaff, , Clemens Hagen et , qui proposent une vision plutôt séduisante de ces œuvres imposantes – sensiblement plus longues que les Trios.

En dépit de l’acoustique du Théâtre des Champs-Élysées, loin d’être idéale pour ce répertoire, les interprètes convainquent largement dans l’opus 25, à la forme libre et exubérante, en particulier dans le premier mouvement (Allegro) ainsi que dans le Rondo final « à la tzigane », toujours très populaire. Seul Christian Tetzlaff (violon) déçoit un peu, trop anodin à côté d’une Tabea Zimmermann (alto) à l’éloquence impressionnante. On apprécie toutefois beaucoup les quelques passages de trios à cordes, joués avec un équilibre parfait.

Dans le Quatuor n° 2 op. 26, la formation explore l’ambiguïté de pages où percent à la fois un charme viennois presque schubertien et un mystère d’inspiration beaucoup plus schumannienne. Les quatre interprètes livrent ainsi un remarquable deuxième mouvement (Poco Adagio), porté au piano par Leif Ove Andsnes, dont l’irruption lyrique lors de l’exposition du second thème constitue un moment saisissant. Si le pianiste norvégien démontre ici tout son talent de chambriste, on est moins conquis par l’âpreté de certaines de ses sonorités, à l’image de son introduction un peu sèche de l’Allegro initial.

Inspiré par le suicide tragique de Werther, le héros de Goethe, le Troisième Quatuor avec piano, op. 60, nous fait assister à la confrontation violente du piano et des cordes – Christian Tetzlaff y perd même l’une des siennes. Les deux premiers mouvements, sombres et tourmentés, abondent en effet en nœuds de tension où la virtuosité des interprètes s’exprime avec éclat. Après un Andante consolateur, Leif Ove Andsnes et ses partenaires livrent un final Allegro comodo très brillant, avec des accents mordants qui ne sont pas sans rappeler par instants l’ouverture du Deuxième Quatuor avec piano de Fauré.

Bien préparée, cette intégrale constitue une entreprise réussie dans l’ensemble, qui a l’immense mérite d’éclairer l’un des versants les plus riches de la musique de chambre de Brahms.

Leif Ove Andsnes on stage: © 2009 Tommy Normann